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Je l’aimais

19070355_w434_h_q80Je l’aimais, film français (2009), avec Daniel Auteuil, Marie-Josée Croze, Florence Loiret-Caille.

Alors c’est une connerie l’amour ? C’est ça ? Ça ne marche jamais ? 
- Si ça marche. Mais il faut se battre… 
- Se battre comment ? 
- Se battre un petit peu. Un petit peu chaque jour, avoir le courage d’être soi-même, décider d’être heur… 
- Oh ! Comme c’est beau ce que vous dites là ! On dirait du Paulo Coelho… 
- Moque-toi, moque-toi… 
- Etre soi-même, ça veut dire planter sa femme et ses gosses ? 

Je voudrais évoquer l’adaptation réalisée par Zabou Breitman du roman d’Ana Gavalda. Adrien est parti. Chloé et leurs deux filles sont sous le choc. Le père d’Adrien apporte à la jeune femme son réconfort. À sa manière : plutôt que d’accabler son fils, il semble lui porter une certaine admiration. Son geste est égoïste, certes, mais courageux. Lui n’en a pas été capable. Tout au long d’une émouvante confidence, il raconte à sa belle-fille comment, jadis, en voulant lâchement préserver sa vie, il a tout gâché. Dans le rôle du père d’Adrien, Daniel Auteuil. Dans celui de la belle-fille éplorée, Florence Loiret-Caille, celle qui donne la réplique à Jamel Debbouze dans Parlez-moi de la pluie. Et dans celui de Mathilde, l’amour absolu du père d’Adrien, Marie-Josée Croze, actrice canadienne, épouse délaissée de Dupontel dans Deux jours à tuer

Chloé a été lâchée par son mari. Le père de celui-ci, ce qui est peu courant me semble-t-il, propose de lui venir en aide, en la mettant au vert quelques jours. Elle part donc avec le père d’Adrien, accompagnée de ses deux filles, vers une destination alpino-pastorale, un chalet parfaitement lugubre et sinistre, que je conseillerai à quelqu’un qui s’écroule aussi sûrement que Flight Simulator 6 aux talibans pakistanais. 

Laissons la parole au père d’Adrien un instant :

Car vois-tu Chloé, ma vie, toute ma vie est comme ce poing serré. Je suis là, devant toi, dans cette cuisine.J’ai soixante-cinq ans. Je ne ressemble à rien. Je suis ce vieux con que tu secouais tout à l’heure. Je n’ai rien compris, je ne suis jamais monté au sixième étage. J’ai eu peur de mon ombre et me voilà maintenant, me voilà devant l’idée de ma mort et… Non, je t’en prie, ne m’interromps pas… Pas maintenant. Laisse-moi ouvrir ce poing. Un tout petit peu. Je nous resservais. A boire. – Je vais commencer par le plus injuste, le plus cruel… C’est-à-dire, toi. 

Rien qui puisse a priori déranger, donc, dans ce mélo d’une nuit passée au coin du feu, où un homme va raconter à sa belle-fille l’histoire d’un vieil amour adultère qui le hante depuis vingt ans. Rien, sinon le curieux couple né de ce flash-back, Daniel Auteuil et Marie-Josée Croze, qui trouvent leur fausse note commune.Daniel Auteuil a du mal à émouvoir dans le rôle de cet homme trop lâche pour suivre les élans de son coeur, au contraire de Marie-Josée Croze, magnifique dans la peau de l’amante. Dans l’attraction rendue intense entre un corps neuf et un vieillissant, le tandem réussit toutefois à surprendre, même en étant le produit d’un casting formaté. Petit miracle.

La morale de cette histoire – mieux vaut quitter sa femme et refaire sa vie avec son grand amour, plutôt que de choisir de conserver sa petite vie pépère, son canapé, sa voiture et son chien, bref de faire le grand saut comme Adrien plutôt que de rater sa vie comme son père – préfère donc la franchise à l’hypocrisie, la passion à la raison, l’amour aux conventions. On ne saurait blâmer Ana ou Zabou de telles considérations. 

«“Le droit à l’erreur”, toute petite expression, tout petit bout de phrase, mais qui te le donnera ? Qui, à part toi ?»

Les Morsures de l’aube

 

asia-argento-20050319-31485Film français d’Antoine de Caunes (2001), avec Guillaume Canet, Asia Argento et Gérard Lanvin.

Tiens, je ne l’avais pas forcément remarqué, mais cela fait un bon moment que je n’ai pas chroniqué de film. Alors faute avouée à demi réparée. Je voudrais vous entretenir des Morsures de l’aube, le premier film réalisé par Antoine de Caunes.

A 29 ans, Antoine, night-clubber invétéré, dort le jour et vit la nuit, errant dans les rues de Paris et forçant les entrées des lieux les plus prisés. C’est grâce au mystérieux Jordan qu’il accède aux nuits branchées. Mais le pique-assiettes se fait prendre à son propre piège et un homme, menaces à l’appui, l’engage à retrouver le fameux Jordan avec qui il a un compte à régler. Ne sachant que faire, Antoine, épaulé par son ami Etienne, se lance à sa recherche et rencontre sa soeur ténébreuse, Violaine, dangereux oiseau de nuit.

Rien ne résume mieux ce film que ce dialogue :

Violaine : tu n’as pas peur de moi, Antoine ?

Antoine : non, pourquoi j’aurai peur de toi ?

Violaine : Parce que dans Violaine, il y a viol et haine…

Autant vous dire que j’adore ce film, pour deux raisons. La première est l’aspect cross-over choisi volontairement par Antoine : ce mélange de comique, de film noir et de gothique presque fantastique. C’est un jeu dangereux, qui jamais ou presque n’a réussi. Presque car, finalement, les gialli du père d’Asia, Dario, mélangeaient bien l’érotique soft et l’horreur gore sans sourciller. Antoine actualise quelque peu le concept, et c’est un quasi sans faute. Je ne lui reprocherait que l’absence d’érotisme, justement, au moins à la mode italienne, tant Asia explose l’écran de sa lascivité naturelle.

C’est précisément ma seconde raison d’aimer ce film : Asia Argento. Vous savez bien mon appétence pour les filles goths/SM/fetish, et je ne saurai donner meilleur exemple de l’archétype de ce style qu’avec Angelina Jolie (fort présente sur ce blog, comme vous l’avez noté) et Asia Argento. Leur beauté morbide me fascine, m’hypnotise, me fait fondre. Je trouve Asia particulièrement sensuelle ici, bien plus que dans Scarlet Diva, film pourtant tourné au même moment.

Pour le reste, le film – qui est un premier film – est de facture relativement classique, avec une fin qui laisse sur sa faim. C’est l’adaptation d’un roman de Tonino Benaquista, et on peut reprocher à Antoine de ne pas avoir retranscrit avec grande originalité le monde de la nuit ; tout y est assez plat et répétitif. Même musique, mêmes têtes, même champagne, mêmes looks (sauf la scène en club échangiste – fétichiste, avec un José Garcia hilarant). Du coup, il y a quelques longueurs, que les péripéties de Guillaume Canet ne parviennent pas à masquer complètement.

Je retiens tout de même un film extrêmement original pour le cinéma français, qui, malgré ses imperfections et défauts de jeunesse, parvient tout de même à nous faire passer un excellent moment. Et merci Antoine du casting, qui fait pour beaucoup dans le plaisir qu’on éprouve à le regarder (j’aurais pu parler aussi de Gérard Lanvin, parfait, comme toujours).


 

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