Les Aventures d’Hercule

 15344Tout semble paisible au royaume des Dieux. Zeus, satisfait du travail effectué par son fils, coule aujourd’hui des jours heureux… Bien entendu, cela ne dure pas et quatre Divinités lui volent ses sept éclairs magiques, rompant ainsi l’équilibre de l’univers. Zeus tire en effet toute sa puissance de ces fameux éclairs (au chocolat), et ne peut que se sentir outragé par la méchanceté de ces vilains Dieux renégats. C’est blessé par une telle félonie, que Zeus décide d’avoir recours une nouvelle fois à Hercule pour retrouver les précieuses reliques, rétablir l’ordre et repousser le mal. Les muscles saillants, toujours aussi bien huilés, Hercule va réciter son texte sans se tromper, tout en sachant à chaque fois quelle grimace adapter à chaque ligne de ses puissants dialogues. Parallèlement à cela (deux intrigues pour le prix d’une), Urania et Glaucia partent à la recherche d’un héros capable de stopper le sacrifice des vierges malheureusement très à la mode ces derniers temps. Leur chemin croisera bien entendu celui du musculeux Hercule qui se fera une joie de terrasser les tueurs de pucelles et autres gredins ou assimilés. Comble du hasard, chacun de ces odieux individus libérera, une fois éliminé, l’un des fameux éclairs… C’est Zeus qui sera content.

Je voudrais vous parler d’un des films les plus foutraques de l’histoire du cinéma, l’un des plus évocateurs sinon caractéristiques du n’importe quoi des années 80. Ce film est un mélange de Star Wars, de trukisherie, de mythologie grécoïde, d’aventures palpitantes à la Derrick, de scénario rédigé en service psychiatrie, et de fin psychédélique qui ridiculise aussi bien Boney M que S-Express. On s’attend presque à voir Lou et sa copine aux seins qui pointent se lancer dans un Give me a man after midnight sur le dancefloor. Une hagiographie s’impose, et il faut pour cela remonter un peu l’histoire de ce second opus. En 1983 sort Hercule, incarné par l’inénarrable Lou Ferrigno, l’un des plus mauvais acteurs de l’histoire du cinéma (et du reste des séries télé, voire des pubs pour le maïs complet Géant Vert). Réalisé par Luigi Cozzi, Hercule marque les esprits (je veux dire, ceux de la Cannon, la société de production transalpine du chef d’œuvre susnommé). Tant et si bien qu’icelle décide de remettre le couvert et de réactiver le duo à rendre blême Terence Hill et Bud Spencer, je veux parler bien sûr du duo Cozzi-Ferrigno (y’en a deux qui suivent). Le couvert prendra la forme de Sinbad (le troisième marin le plus célèbre, après Haddock et Cousteau). Sauf que les finances manquent, et la Cannon ne parvient pas à convaincre les investisseurs potentiels parmi les plus âpres au gain (ont-ils contacté Marc Dorcel ? nul ne le saura jamais).

Au pied d’un tel suspense ébouriffant, qui vous tient en haleine j’imagine, que s’est-il donc passé ? hein ? Je laisse la parole à Devildead :

Reste qu’en attendant, cette même Cannon a dans ses cartons un incroyable navet, un film infâme qu’elle n’ose montrer à personne. Ce film, c’est bien entendu Les 7 Gladiateurs, réalisé par l’infernal tandem que forment Bruno Mattei et Claudio Fragasso. En attendant donc que le projetSinbad se débloque, la société de production de Golan et Globus demande à Cozzi de voir ce qu’il peut faire pour sauver Les 7 Gladiateurs. L’idée est alors de demander à Lou Ferrigno de tourner durant deux semaines quelques séquences supplémentaires et alternatives. Cozzi pourra ainsi remplacer quarante minutes d’abjections par quarante nouvelles minutes fraîchement tournées et peut être, enfin, rendre le film acceptable. Cozzi charcute donc le métrage d’origine et n’en conserve que la moitié. L’autre moitié, il la tourne avec un Lou Ferrigno de retour pour l’occasion…

Mais alors que le projet semble prendre une forme définitive, la Cannon change son fusil d’épaule et suggère de profiter de Ferrigno deux semaines de plus pour ainsi avoir un métrage complet ! La totalité des images des 7 Gladiateurs passe donc à la trappe et il en sera de même pour la trame réécrite par Cozzi. Malheureusement, les délais accordés restent insuffisants pour réaliser un film complet et Lou Ferrigno ne sera pas payé puisqu’il n’était supposé tourner que des séquences additionnelles ! Le culturiste tire donc sa révérence pour rejoindre le navire de Sinbad qui vient d’échouer entres les mains de Enzo G. Castellari. Luigi Cozzi a donc en sa possession une série de scènes n’ayant pas de véritable lien entres elles et surtout, il n’a pas de fin pour son film ! L’homme devra donc réaliser un incroyable travail de montage et user de tout son système « D » pour donner naissance au film Les Aventures d’Hercule. Plus qu’une suite, ce nouvel opus des péripéties d’Hercule est donc un magnifique exemple de ce que l’industrie du cinéma peut être amenée à produire pour rentrer dans ses frais… Nous noterons toutefois que cette regrettable expérience sonnera le glas de la branche Italienne de la Cannon, judicieusement nommée «Cannon Italia Srl».

1576271978_74e6e46ae2_oSi vous pensiez y trouver des allusions plus ou moins fidèles à la mythologie, passez votre chemin ! Vous friserez sinon l’apoplexie ! Aux côtés desAventures d’Hercule, le Choc des Titans semble avoir été adapté par Ovide en personne (non, je n’ai pas écrit Ovidie) ! Ici, c’est le choc de l’espace interstellaire, X-Or rencontrant Superman, le tout mâtiné de deux bonnes tranches de Retour vers le futur, de Godzilla et de… tout ce que vous voulez, en fait. Le film n’a aucune structure narrative, à une exception près : si pendant une heure environ les scènes (avec ou sans Lou) se succèdent sans lien apparent entre elles (et je passe sur la lumière, la photo, que ne coïncident jamais, les raccords, les plans qu’on revoit toutes les dix minutes), on sombre dans le plus grand n’importe quoi après. Je passe aussi sur la présence à l’écran de Lou, à peu près équivalente à celle d’une laitue un peu fanée (quoique légèrement stéroïdée). Je passe aussi sur la Gorgone, sur le vilain Poséidon, sur Minos ressuscité, etc. Tout ou presque relève du grand-guignol dans ce film mémorable.

Nanarland ajoute :

Tout cela n’est qu’un prétexte à une succession d’effets spéciaux qu’on pourrait qualifier d’artisanaux si l’on ne craignait d’offenser les artisans, de combats chorégraphiés par un troisième assistant stagiaire démotivé et d’affrontements avec des créatures en plastique qui feraient mourir de honte Ray Harryhausen. En guise de péplum post-moderne, nous avons droit à une pelletée de scènes du type “3 figurants”, “mêmes lieux mais sous un autre angle”, “forêt, carrière & usine désaffectée”. Vous pourrez notamment y admirer Lou Ferrigno se battant avec des hommes de boue mal maquillés, ou se transformant en spermatozoïde marin après avoir avalé une frite magique (oui, je sais… mais il faut voir la scène pour comprendre !).

J’ai apprécié la présence d’un monstre dévoreur de vierges, je le souligne au passage, bien qu’il s’agisse ni plus ni moins que de la créature de la Planète interdite redessinée ! on n’arrête pas un Cozzi en pleine séance de recyclage, plus développement durable que lui tu meurs !

La fin du film, disais-je, revenons-en si vous le voulez bien. Outres les transitions, qui rappellent assez agréablement celles de Star Wars, il y a à la fin du film un combat entre Hercule et Minos, qui commence comme un combat entre chevaliers Jedi, se poursuit en séance disco façon Tron pour in fine céder la place à l’incroyable, à l’impossible, à l’inimaginable. Là encore, citons Devildead :

une chose à laquelle le spectateur n’était bien évidement pas préparé et qui le sortira fort brutalement de sa torpeur. Définitivement privé de son culturiste Herculéen, Cozzi décide tout simplement de poursuivre le duel spatial sous la forme d’un dessin animé expérimental d’une incroyable laideur ! Mais le plus fou reste à venir car, libérés de leur enveloppe physique, nos combattants peuvent maintenant épouser différentes formes. C’est ainsi que Minos opte pour une apparence de tyrannosaure puis de serpent géant et que Hercule, pour sa part, devient un gorille !

A ce propos, Cozzi répond :

Je devais notamment trouver une façon d’avoir Ferrigno pour la fin, sans tourner avec Ferrigno (rires) ! C’est devenu alors cette espèce de dessin animé expérimental. Les Aventures d’Hercule est un film dingue.

1575382313_c7f1e32ed8_o1Luigi, qui a toute ma sympathie, est néanmoins, je dois bien le dire, un peu gonflé sur ce point. Cette scène finale, où l’on voit King-Kong se battre contre un tyrannosaure est tiré du VRAI King-Kong de 1933 et rotoscopé à partir de l’original. Toute la séquence est celle du combat de la version de 1933. Développement durable, là encore.

Qu’ajouter sur ce film ? l’histoire est inexistante, la trame scénaristique est celle d’un puzzle maintes fois recomposé, et c’est sans conteste l’un des films les plus fous et les plus bordéliques du cinéma italien, qui pourtant n’en manque pas. Un film d’une si grande nullité que même Audrey Tautou aurait pu y jouer ! Associer des images à la laideur insupportable, aux couleurs plus criardes qu’une robe d’Yvette Horner, à des acteurs aussi époustouflants de cabotinage que Lou, à des vierges aux tenues à peine affriolantes (un mauvais point ici, le cinéma de genre italien nous a réservé bien mieux), ne passe pas inaperçu. Cozzi ne suit aucunement le récit traditionnel, si ce n’est au énième degré, ni d’ailleurs quelque récit que ce soit, et nous sert au contraire un mauvais gloubiboulga d’heroïc-fantasy, assaisonné de couleurs kitsch (on se croirait parfois dans un vieux clip disco !) et d’effets spéciaux dignes de Bioman. Affublés de tenues de Mardi-gras aux couleurs pimpantes et de maquillages pailletés ou multicolores, les comédiens semblent davantage sortis d’un nouveau « Rocky Horror Picture Show » que d’une mythologie grecque, même revisitée (dixit Nanarland, que je plussoie).

Un must vous dis-je, dont vous découvrirez le trailer ici ! A découvrir ou à redécouvrir en famille pour une bonne tranche de rire copeauesque !

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