Lust, Caution


 

Film sino-américain (2008), réalisé par Ang Lee. Avec Tony Leung Chiu Wai, Tang Wei, Joan Chen

2205983648_40ee2f2708_oDans les années 1940, alors que le Japon occupe une partie de la Chine, la jeune étudiante Wong est chargée d’approcher et de séduire Mr Yee, un des chefs de la collaboration avec les Japonais, homme redoutable et méfiant que la Résistance veut supprimer. Très vite, la relation entre Wong et Mr Yee devient bien plus complexe que ne l’avait imaginé la jeune femme.

Lion d’Or à Venise, ce nouveau film de Lee me permet de renouer quelque peu avec mes billets consacrés au septième art, qui se sont fait bien rares en 2007. Lust, Caution fait suite aux célèbres et excellents Tigre et dragon, film onirique et envoûtant, où déjà on voit le goût immodéré qu’à Lee pour le flash-back comme pivot narratif du film, et le Secret de Brokeback Mountain, ces deux films ayant été récompensés chacun d’un Oscar fort mérité.

Bref, Lee, c’est un gros poisson, pas un menuisier de quartier.

Dans Lust, Caution,  nous sommes plongés dans l’univers ô combien réaliste de l’occupation. Pas la nôtre, mais celle des Japonais en Chine. J’écris “pas la nôtre”, mais à de très nombreux points de vue, cette occupation ne fut pas très différente de celle des Allemands en France, aux mêmes périodes. Et si nous avions déjà un lourd passif avec les Allemands, depuis 1871 jusqu’à la Première guerre, les Chinois en avaient tout autant un avec les envahisseurs de la Mandchourie.

L’histoire de cette Mata-Hari d’opérette et d’extrême-Orient aurait tout aussi bien pu s’envisager à Saint-Germain-des-Pres.

D’opérette, car  Wang Jiazhi, jeunette étudiant le théâtre à Hong-Kong, ville dans laquelle on se la coule douce en cette saison trouble, devient actrice, avec ses amis de l’université, d’un complot visant l’un des collabos les plus inatteignables de l’Etat. Elle jouera tellement bien son rôle qu’elle en oubliera le coeur de sa mission, et se laissera dévorer – ce n’est pas moins qui le lui reprocherait – par son appétit de luxure. Les scènes de luxure, justement, sont de grande qualité, relevant une sensualité et une lascivité comme seul le cinéma asiatique sait nous les procurer. Je me suis remémoré à cette occasion les scènes brûlantissimes d’Une femme coréenne, et me dis une fois de plus que j’ai vraiment un gros faible pour les Asiatiques. Enfin bref, je ne suis pas le seul.

En conclusion de cette brève note, je citerai ces commentaires d’un internaute, qui me semblent bien résumer l’état d’esprit de la plupart de ceux qui sont allé voir ce film, et qui n’ont pas été déçus. Je vous le conseille donc.

Les images de Shanghai occupée par l’armée japonaise sont saisissantes : des centaines de malheureux font la queue pour obtenir un bol de riz, des blessés sont évacués, rappelant douloureusement que le vieux continent n’était pas le seul à subir une armée d’occupation. Ces scènes sont aussi fortes que celles du “Pianiste” de Roman Polanski. On a peu d’images de cette guerre d’occupation. Les seules qui me viennent en mémoire sont celles de Tintin et le Lotus Bleude Hergé, mais ici, les images sont moins colorées, moins exotiques et on est au coeur de ces chinois qui souffrent. Dans cette Chine occupée, un petit noyau d’étudiants résiste et c’est la jolie Tang Wei, jeune actrice inconnue ici, qui donne les traits à cette Mata Hari moderne. Elle est fabuleuse, elle irradie le film, c’est une véritable révélation. Tony Leung Chiu Wai donne les traits à l’inquiétant M. Yee. Il est remarquable de froideur et de cynisme, à mille lieues de ses compositions d’amant romantique dans les films de Wong Kar Waï. L’année 2008 commence en beauté avec ce superbe mélodrame. Magnifique !

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