Henry Hazlitt, la Leçon magistrale


« L’art de l’économie consiste à comprendre non seulement l’immédiat mais aussi les effets à long terme de tout acte ou de toute politique ; il consiste à tracer les conséquences de cette politique non seulement pour un groupe, mais pour tous les groupes »

Henry Hazlitt, L’Economie en une leçon, 1946

Henry Hazlitt est né le 28 Novembre 1894, à Philadelphie. Dans sa biographie, Jeff Riggenbach indique que son père est mort alors qu’il était encore bébé. Sa mère et lui vivent dans la précarité pendant neuf ans, jusqu’à ce qu’elle se remarie et déménage avec sa famille recomposée à Brooklyn. Ce sont dans les écoles publiques de ce quartier qu’il acquière son goût pour l’éducation. Mais sa malchance ne s’arrête pas là. Alors qu’il est en deuxième année au City College de Manhattan, la mort de son beau-père replonge la famille dans la pauvreté. Hazlitt doit quitter ce prestigieux établissement, et trouver un emploi pour aider sa mère. Après quelques mois à occuper un emploi subalterne, il décide de s’essayer au journalisme. Il écrit déjà beaucoup, à ses heures. Il adore l’écriture. Il a presque terminé le manuscrit de son premier livre. « Je décidai que je voulais être un journaliste », dira-t-il bien des années après, « car c’était la seule façon que je voyais d’accéder à l’écriture ».

Il a à peine 20 ans, en 1915, lorsqu’il se met ainsi au service du Wall Street Journal. Au début, son travail consiste à prendre en dictée les informations des journalistes et à les dactylographier. Les reporters téléphonent leurs histoires, soit les dictant à partir de leurs notes, soit lisant à haute voix une version déjà écrite – fréquemment manuscrite ; Hazlitt les dactylographie pour que la rédaction puisse les examiner. Il y a plus enrichissant, mais c’est un début.

Mais Hazlitt écrit déjà bien mieux que les journalistes qui l’utilisent. Il vient tout juste de publier son premier ouvrage, à 21 ans à peine. Intitulé Thinking as a Science, il rédige un ensemble d’observations sur la méthodologie de l’assimilation mentale de ce qu’on lit ou de ce que l’on apprend sur le monde. La qualité de l’écriture, la finesse et la profondeur de sa pensée sont pour le moins étonnantes de la part d’un très jeune adulte.

Hazlitt se construit progressivement une carrière de journaliste, passant d’un quotidien à l’autre. Il quitte le Wall Street Journal pour travailler successivement au New York Evening Post, puis au New York Evening Mail et enfin au New York Sun. Il expérimente à peu près tous les métiers qu’offre la profession de journaliste : éditorialiste, critique de livres, essayiste et chroniqueur, rédacteur financier, bretteur au cœur des grandes controverses du moment, le cas échéant. Puis il dirige le « dos du livre » – les pages de critique littéraire – de The Nation. Il devient même, peu après et pendant un temps assez court, le rédacteur en chef de la revue littéraire The American Mercury, où il est le successeur désigné du créateur Henry Louis Mencken. Ce dernier était une figure de la Old Right américaine. Journaliste, satiriste et critique littéraire, cynique et libre penseur, H.L. Mencken était connu comme le « Sage de Baltimore » et le Nietzsche américain. Il a été l’un des maîtres à penser du courant libertarien américain contemporain. Dans sa revue, Mencken qualifie Hazlitt de « seul critique d’art compétent que je connaisse qui soit aussi un économiste compétent », ainsi que « un des rares économistes de toute l’histoire qui sache vraiment écrire. »

Au New York Times, qui l’accueille dans les années trente et quarante, Henry Hazlitt écrit des éditoriaux portant sur la guerre et l’économie. Puis, en 1946, il publie son ouvrage le plus célèbre, L’Economie en une leçon et quitte le NY Times pour Newsweek. Il cherche à définir quelle doit être la relation juste de l’individu à la société. C’est pourquoi il se met à la recherche d’une théorie complète qui pourrait lui donner un sens à tout cela. C’est l’Ecole autrichienne qui la lui apportera.

Il est vrai que dès les années 1910 et 1920, Henry Hazlitt s’était familiarisé avec les idées de l’école autrichienne, en particulier celles de Ludwig von Mises. Comme le rappelle justement Jeff Riggenbach, Hazlitt a joué un rôle important dans la diffusion des idées de cette école aux Etats-Unis. En particulier, lorsque Mises trouve refuge à New York, échappé qu’il est d’une Europe largement dominée par les nazis, il a besoin de travailler pour vivre. Hazlitt fait ce qu’il peut, ce qui s’avère être plutôt beaucoup. Il s’arrange pour que Mises écrive plusieurs articles courts pour le New York Times, pour porter son nom à l’attention du monde intellectuel américain. Il aide Mises à obtenir une bourse de la Fondation Rockefeller qui lui permet d’écrire deux courts ouvrages, Le Gouvernement omnipotent et La Bureaucratie. Il persuade Yale University Press de publier ces deux petits livres en 1944, ainsi qu’un bien plus long : L’Action Humaine, quelques années plus tard, en 1949.

Hazlitt appuie Mises pour qu’il obtienne un poste de professeur « invité » à l’Université de New York. Il organise le comité des riches donateurs qui offrent l’argent représentatif du salaire de Mises. L’Université, elle, est extrêmement réticente face à cet anti-Keynes en une époque de renouveau du New Deal et de plan Marshall, et ne souhaite pas dépenser sur ses fonds propres pour payer ses heures. Enfin, Hazlitt présente Mises à Leonard Read de la Foundation for Economic Education (FEE), qui lui apporte un poste complémentaire comme conférencier et conseiller sur les questions économiques.

De surcroît, alors qu’il organise des entrevues, Hazlitt présente Mises à une immigrante russe débarquée de Petrograd, âgée d’une trentaine d’années, passionaria et romancière, qui se fait appeler Ayn Rand. Elle n’est pas spécialement célèbre. Son premier roman, qui décrit l’enfer soviétique et est largement autobiographique, Nous les vivants, n’a pas rencontré le moindre succès. Sa pièce de théâtre, La Nuit du 16 janvier, n’est guère plus prisée à Broadway. Elle n’a pas encore écrit La Source vive, roman individualiste qui raconte l’histoire d’un architecte qui ne suit que le chemin qu’il s’est tracé, et qui rencontrera un certain succès. King Vidor en tirera le film Le Rebelle en 1949. Elle n’a pas écrit non plus son roman mondialement connu, fleuve et échevelé, La Grève. Elle n’a encore ni nom, ni réputation, ni fortune. Elle est en pleine ascension. Un peu d’aide d’un écrivain reconnu et établi – par exemple, une recommandation, auprès d’un intellectuel plus âgé, important et promoteur d’idées très proches des siennes – lui serait précieuse. Comme il l’a été pour Ludwig von Mises, Henry Hazlitt a alors été un soutien capital pour Ayn Rand.

L’économie en une leçon

Auteur prolixe (plus de vingt-cinq ouvrages dans sa vie), Hazlitt s’est fait connaître grâce à son livre à succès L’Économie en une leçon (1946) : ce livre est un ouvrage de vulgarisation sur les principes de l’économie de marché, fondé et ouvertement inspiré par Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas de Frédéric Bastiat. Comme le dit lui-même Hazlitt dans son introduction : « On peut dire que mon livre en est la présentation moderne et qu’il est le développement et la généralisation d’une vérité déjà en puissance dans l’ouvrage de Bastiat. »

Hazlitt est également un des meilleurs pourfendeurs de son temps des idées keynésiennes. Ainsi, dans son ouvrage de 1959, The Failure of the New Economics: An Analysis of the Keynesian Fallacies, il établit une critique méthodique et systématique de la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie de Keynes. Il en dira même qu’il n’a « pas pu y trouver une seule doctrine qui soit vraie et originale. Ce qui est original dans son livre est faux et ce qui est juste n’est pas nouveau. »

Le premier austro-américain

A l’époque où il quitte le City College, Henry Hazlitt est un disciple d’Herbert Spencer. Puis, en 1938, Hazlitt lit un livre intitulé Le Socialisme : une analyse économique et sociologique. Ce sera pour lui un choc. Cet ouvrage, de traduction anglaise récente, a été publié quelques années plus tôt à Londres. Il est issu d’un premier livre publié en Allemagne en 1922, rédigé par quelqu’un dont Hazlitt a entendu parler, mais n’a jamais lu auparavant, un économiste autrichien du nom de Ludwig von Mises. Mises y explique que la valeur économique des biens provient de la préférence subjective des individus. Que la valeur marginale, dans l’esprit de l’acheteur, de tout bien ou service détermine son prix. Que les prix véhiculent des informations aux entrepreneurs indiquant où les acheteurs aimeraient le plus voir les investissements productifs mis dans l’économie. Mises époustoufle Hazlitt. Il n’avait jamais eu l’occasion, jusque-là, de creuser les thèses de l’Ecole autrichienne. La découverte le bouleverse et lui donne le vertige.

Si bien qu’en 1945, lorsqu’il écrit L’Economie en une leçon, Hazlitt est complètement sous l’emprise des idées de Mises. Ce livre est la meilleure introduction rapide à l’économie autrichienne. Cela étant, ce livre n’est pas un ouvrage qui brille par une quelconque originalité. Il s’agit plutôt d’un exercice de vulgarisation – de grande qualité – des principaux préceptes de l’école autrichienne. Hazlitt rappelle également les principales critiques formulées par les tenants de l’école autrichienne aux thèses keynésiennes, d’autant plus fermement qu’elles ont le vent en poupe en cette période de New Deal.

A la manière de Frédéric Bastiat, Hazlitt insiste sur le fait que, pour analyser une politique ou un programme économique, il faut regarder plus loin que ce qui immédiatement apparent. S’il est vrai, dit Hazlitt, et comme le prétendent certains keynésiens, que les désastres et la destruction sont bons pour l’économie et créent de la richesse, alors les peuples victimes de tsunamis ou de tremblements de terre sont bénis des dieux. Or ce n’est visiblement pas le cas. Que ce soit pour justifier une guerre, ou pour convaincre les consommateurs d’acheter une voiture neuve pour « sauver la planète » et relancer l’industrie automobile, il suffit simplement de gratter le vernis du sophisme pour s’apercevoir que ces prémisses sont sans fondement. L’histoire de la vitre cassée de Bastiat en est une bonne illustration : le travail donné au vitrier, c’est ce qu’on voit, mais qu’en est-il de ce qu’on ne voit pas ? Si on suppose que remplacer la vitrine coûte 500€, le remplacement de cette vitrine va générer pour 500€ d’activité économique. Mais que ce serait-il produit si la vitrine n’avait pas été cassée ? M. Dupont ayant économisé ses 500€, n’aurait-il pas pu lui aussi les dépenser et générer également pour 500€ d’activité économique cette fois-ci utile – au moins utile pour lui, tout en jouissant encore de sa vitrine ?

Et ce n’est pas tout. Que ce serait-il passé si cette vitrine n’avait pas été cassée ? Si le vitrier n’avait pas eu à réparer la vitrine, qu’aurait-il fait ? Se serait-il tourné les pouces ? Sans doute pas. Il aurait peut-être installé des fenêtres dans une maison nouvellement construite, par exemple. Ou, s’il n’avait pas assez de travail, peut-être aurait-il mis ses autres talents au service d’une industrie qui en a plus besoin. Par conséquent, le fait d’avoir cassé cette vitre a détourné le vitrier de notre exemple d’un travail immensément plus productif. C’est véritablement ce qu’on ne voit pas. Non seulement la destruction ne paie pas, mais nous voyons rarement tout ce qui aurait pu être produit si elle n’avait jamais eu lieu.

La défense du capitalisme

Dans un autre de ses ouvrages, un petit livre d’anticipation intitulé Time will run back, Hazlitt met en scène deux protagonistes qui échangent sur l’histoire de la révolution soviétique, et plus encore de son succès planétaire. « Il y quelques différences suivant les historiens quant à l’exacte année où l’Âge Sombre a commencé. Certains la situent à 95 Av.M. (avant Marx), ce qui était l’année durant laquelle un bourgeois du nom d’Adam Smith est né ; d’autres la placent à 42 Av.M., qui est l’année d’apparition d’un livre de cet Adam Smith. Ce livre donna naissance à, et fournit un système élaboré d’excuses pour, l’idéologie capitaliste. » (…) « L’Âge Sombre représente toute la période de la naissance du capitalisme jusqu’à son éradication finale à la suite d’une série de guerres froides ou ouvertes entre environ 150 Ap.M., et le triomphe final du communisme en 184 Ap.M. »

Hazlitt explique le succès du communisme, et par conséquent la défaite du capitalisme, par la foi que les soviétiques ont placé en elle : « Et pourtant nous l’avons battu (le capitalisme) à la fin parce que nous avions l’arme formidable qui leur manquait. Nous avions la Foi ! Foi en notre Cause ! Une Foi qui n’a à aucun moment faibli ou hésité ! Nous savions que nous avions raison ! Raison sur tout ! Nous savions qu’ils avaient tort ! Tort sur tout ! »

En filigrane, Hazlitt reproche ainsi aux défenseurs du capitalisme leur mollesse et leur pusillanimité : « L’ennemi n’a jamais eu vraiment de foi dans le capitalisme (…) Chaque « réforme » qu’ils mirent en place comme « réponse » au communisme était un pas de plus dans la direction du communisme. À chaque réforme qu’ils adoptaient l’individu avait moins de pouvoir et l’Etat toujours plus. Petit à petit le contrôle des individus sur les ressources et les biens leur a été retiré ; petit à petit cela fut envahi par l’Etat. Au début ce n’était pas la « propriété » mais simplement le droit de décision qui fut accaparé par l’Etat. Mais ces idiots qui essayaient de « réformer » le capitalisme n’ont pas vu que le pouvoir de décision, le pouvoir de disposer, était l’essence de la « propriété. » (…) Graduellement leurs gouvernements ont décidé de toutes ces choses, mais morceau par morceau, au lieu de le faire en un seul grand saut logique. »

« Ils n’avaient pas le courage de voir que l’individu, parce qu’il n’est responsable devant personne, doit être privé de tout pouvoir, et que l’Etat, l’Etat qui représente tout le monde, doit être le seul dépositaire de tout le pouvoir, le seul décisionnaire, le seul juge de sa propre (volonté). »

En contrepoint du positionnement auquel il aspire, Hazlitt fait dire à l’un des protagonistes de cette histoire, que les pays bourgeois « se sont battus contre le communisme parce qu’ils étaient contre le communisme. C’était la seule chose sur laquelle ils parvenaient à s’entendre. Mais ils ne savaient pas ce qu’ils défendaient. Tout le monde était pour quelque chose de différent. Personne n’avait le courage de défendre un capitalisme qui répondait vraiment aux principes de base du capitalisme. Chacun avait son propre plan pour un capitalisme « réformé ». » Il est bien clair qu’Hazlitt, lui, en défenseur de la liberté et de l’Ecole autrichienne qu’il est, a sa vie durant entendu défendre le capitalisme et la liberté, avec certes des arguments pratiques, mais surtout des arguments éthiques. Ceux-là mêmes que des libertariens plus contemporains, Murray Rothbard en particulier, développeront ultérieurement.

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Economics in One Lesson: The Shortest and Surest Way to Understand Basic Economics

Henry Hazlitt

Thinking as a Science

The Failure of the New Economics: An Analysis of the Keynesian Fallacies (1959)

What You Should Know about Inflation (1960)

The Critics of Keynesian Economics (1960)

The Free Man’s Library: A Descriptive and Critical Bibliography (1956)

The Inflation Crisis, and How to Resolve It

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Droit, rationalité et morale : les apports de l’analyse économique du droit


Richard Allen Posner (né en 1939 à New York) a la particularité, rare pour un juriste, d’être reconnu comme un penseur majeur dans d’autres disciplines que le droit. Actuellement juge à la Cour d’appel fédérale américaine, il a également exercé une carrière d’enseignant, d’abord à Stanford puis à Chicago. En particulier, c’est l’un des fondateurs de l’école dite Law and Economics, qui étudie le droit à l’aide des outils de l’analyse économique, pour d’une part évaluer son efficacité et d’autre part prédire quels seront les résultats d’une norme une fois mise en œuvre.

Auteur de multiples ouvrages, se concentrant en particulier sur les relations entre droit, rationalité et morale, Posner est aussi l’animateur d’un blog partagé avec Gary Becker, prix Nobel d’Economie et penseur majeur de l’Ecole de Chicago.  Si la pensée de Posner relève d’un certain scepticisme, il n’en reste pas moins un authentique libéral classique, qui combine avec finesse et originalité le raisonnement économique à la méthode juridique traditionnelle.

Richard Posner est le fondateur de l’analyse économique du droit, appelée aussi Law and Economics. Sous la direction de Gary Becker et accompagné de William Landes, au sein du National Bureau of the Economic Research, Posner mène à partir de 1969 des recherches portant sur le fonctionnement économique des cours de justice, ou encore sur les principaux concepts du droit constitutionnel et du droit civil.

Poursuivant en cela les travaux des précurseurs Guido Calabresi et Ronald Coase, Posner n’hésite pas à se servir des principes fondamentaux de la science économique pour attaquer vertement les fondements traditionnels du droit américain. En particulier, il remet en cause les acquis du droit de la concurrence américain (Antitrust Law). Il conteste par exemple l’existence de barrières à l’entrée sur un marché donné qui profiterait aux entreprises déjà en place. Pour l’Ecole de l’analyse économique du droit, ce constat n’est que le reflet de la plus grande efficience des entreprises déjà implantées. Posner ajoute qu’il n’y a aucune véritable barrière à l’entrée, excepté celles que les pouvoirs publics imposent par leur réglementation. De manière tout à fait nouvelle pour l’époque, il démontre qu’on ne devrait pas juger de l’existence ou de l’absence de concurrence d’après une photographie du marché à un moment donné, mais d’après le droit, la liberté pour de nouveaux concurrents d’y entrer et de proposer des produits nouveaux. Un monopole n’exclut donc pas la concurrence. Si une seule entreprise est présente sur le marché, ajoute Posner, mais que d’autres peuvent y entrer, c’est simplement parce que celle-là est la seule répondre à la demande aux conditions requises.

Posner poursuit par l’examen de nombreux autres pans du droit de Common law : les contrats, la responsabilité contractuelle et extra-contractuelle, le droit pénal, les litiges, arbitrages et contentieux. Sa thèse principale vise à illustrer la grande efficience du droit de Common law. Il considère même que celle-ci est peut-être non pas la nature, mais le but, du droit. A titre d’illustration, Posner considère que le système judiciaire anglo-saxon est efficient parce que les juges ont, à la différence des magistrats européens, des motivations économiques directes relatives à l’exercice de leur juridiction.

Dans son premier manuel, Economic Analysis of Law, paru en 1972, il jette les bases de ces concepts appelés à un bel avenir. Il fonde la même année le Journal of Legal Studies, domicilié à l’Université de Chicago. Il en est rédacteur en chef jusqu’à sa nomination au poste de juge, en 1982. Cette revue prolonge le Journal of Law and Economics  d’Aaron Director, et est même devenu une référence incontestée en matière d’analyse économique des phénomènes juridiques.

La thèse principale d’Economic Analysis of Law est à la fois simple et révolutionnaire. L’Ecole de l’analyse économique du droit entend utiliser les outils de la science économique pour analyser les phénomènes juridiques. Nombreux sont les outils de l’économie que cette nouvelle discipline va mobiliser : l’analyse coût-avantage, les concepts de coûts moyens et marginaux et plus récemment, les tests économétriques. La gamme des phénomènes juridiques étudiés par Posner et ses collègues va du droit civil au droit pénal, de la Constitution à la régulation publique.

Il faut préciser que Posner n’est certes pas le premier à montrer l’interaction qui unit le juridique et l’économique. De nombreuses autres écoles de pensée ont fondé leur doctrine sur tout ou partie de cet axiome : le marxisme bien évidemment, mais aussi l’Ecole de Francfort, l’Ecole institutionnaliste ou encore l’Ecole historique allemande. Plus encore, la doctrine juridique, en particulier outre-Atlantique, a parfois réclamé, elle aussi, une plus grande compréhension de l’économie par le droit. Le courant dit Legal Realism a ainsi insisté, à partir des années 1920 jusqu’après la Deuxième Guerre Mondiale, sur le besoin que peuvent avoir les juristes de connaître le fonctionnement des marchés et de la sphère économique pour mieux comprendre leurs propres activités. Plus près de nous, les Critical Legal Studies analysent aussi le droit par les conflits et les rapports de force qu’ils prétendent reconnaître dans le marché.

Richard Posner ne nie d’ailleurs pas cette antériorité. Il distingue deux branches principales dans l’analyse économique du droit : la première, qui remonte à Adam Smith, analyse le droit économique proprement dit et notamment la réglementation du marché ; la seconde, créée par Jeremy Bentham et dans laquelle Posner s’inscrit tout particulièrement, applique les concepts d’analyse économique aux comportements non-marchands : accidents, criminalité, pollution, procédure, processus politique.

Pour Bentham, en effet, l’homme agit toujours rationnellement. Dans le champ économique, bien sûr, mais également dans toutes ses activités. Le comportement délictueux d’un individu revêt d’un calcul de nature « économique » : pour juguler la criminalité, il faut établir le « juste prix » de l’infraction. Ce qui veut dire, en clair, trouver un équilibre entre la sévérité de la peine d’une part, et la probabilité qu’elle fera l’objet d’une application, d’autre part.

De la sorte, Posner distingue l’approche normative et l’approche positive de l’analyse économique du droit. Et concentre ses recherches sur cette dernière. C’est à ce titre qu’il pose l’hypothèse que le droit d’origine judiciaire (common law ou judge-law), par opposition au droit d’origine législative ou réglementaire, encourage l’efficacité.

Mais si l’approche de Posner est positive, elle ne saurait se contenter de décrire, pour la légitimer, la place centrale de l’Etat dans la production des lois. Posner refuse au contraire toute approche « statocentriste », uniquement focalisée sur le rôle et la place de l’Etat. L’Etat n’est qu’une institution médiatrice, comme peut l’être une entreprise en droit privé, et certainement pas un acteur – a fortiori l’acteur unique – de la production du droit.

Les solutions de stockage dans le cloud


J’essaie depuis quelques temps diverses solutions de stockage en ligne. Je ne méconnais pas les critiques qui sont formulées à l’encontre de celles-ci, des plus classiques jusqu’aux plus récentes. En particulier, j’ai tenté les solutions Google Drive, Dropbox, MS SkyDrive et SugarSync.

Il en ressort, à mon sens, que le service le plus fiable n’est pas forcément le moins cher. Mais l’inverse n’est pas nécessairement vrai.

Dropbox, en effet, a à la fois l’avantage de la simplicité et de la fiabilité. Il est reconnu par diverses applications mobiles. Mais il est aussi le plus chiche, n’offrant que 2 Go d’espace gratuit, extensible certes mais à prix d’or. MS SkyDrive est un bon compris, il offre 7 Go d’espace gratuit et les extensions sont modiques. Google Drive se situe entre ces deux premières offres, mais l’absence d’interopérabilité des google documents et de reconnaissance de Drive par la plupart des applications mobiles me font me détourner de cette solution.

Reste enfin SugarSync, qui offre 5 Go d’espace disque, une plus grande liberté (pas besoin de synchroniser un dossier imposé, tout dossier du disque local peut faire l’affaire) et une bonne interopérabilité. Je vous conseille donc cette solution.

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