France : quand la dépense publique conduit à l’austérité

France : quand la dépense publique conduit à l’austérité

La dépense publique ne fait que panser les plaies. Il faut des réformes structurelles pour réellement relancer l’économie.

Par Vladimir Vodarevski.

La France est en récession, c’est officiel, elle a aligné deux trimestres consécutifs de baisse du PIB. Modérons tout de suite le propos, pour ne pas tomber dans les excès des médias pourtant dits sérieux : la France est en stagnation, et ce n’est pas nouveau. La baisse du PIB au premier trimestre 2012 serait de 0,2%, après également une baisse de 0,2% fin 2012, selon l’INSEE. Le même institut qui calcule une croissance nulle en 2012. Le PIB est une mesure imprécise, tant elle agrège de chiffres divers et variés. L’INSEE commence par ailleurs toujours par donner une estimation, qui sera révisée par la suite. Par conséquent, titrer qu’un pays est en récession quand il est à -0,2% à la première estimation, ou en croissance quand il est à +0,2%, n’a pas grand sens.
En revanche, il est indéniable que le PIB stagne, depuis au moins un an. Le PIB de la France en 2012 dépasse à peine celui de 2007, d’après l’INSEE. Ce qui n’est pas conforme à la théorie économique suivie par le gouvernement français, ou plutôt les gouvernements français depuis 2008.

En effet, la France pratique une politique de dépenses publiques massives pour relancer l’économie. Le déficit budgétaire était de 2,7% en 2007, 3,3% en 2008, 7,5% en 2009, 7,1% en 2010, 5,3% en 2011, et 4,8% en 2012. La dépense publique est passée de 52,3% du PIB en 2007 à 56,6% du PIB en 2012, tandis que les recettes publiques totales, prélèvements obligatoires et hors prélèvements obligatoires, passaient de 49,9% à 51,8% du PIB.

Principaux agrégats de Finances Publiques en point de PIB

Intitulé 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
Dépenses 53,6 % 53,0 % 52,6 % 53,3 % 56,8 % 56,6 % 55,9 % 56,6 %
Dépenses hors cotisations sociales imputées (1) 51,8 % 51,2 % 50,8 % 51,5 % 54,8 % 54,6 % 53,9 % 54,6 %
Recettes 50,6 % 50,6 % 49,9 % 49,9 % 49,2 % 49,5 % 50,6 % 51,8 %
Recettes hors cotisations sociales imputées (1) 48,8 % 48,8 % 48,1 % 48,1 % 47,3 % 47,5 % 48,6 % 49,8 %
Déficit au sens de Maastricht – 2,9 % – 2,3 % – 2,7 % – 3,3 % – 7,5 % – 7,1 % – 5,3 % – 4,8 %
Dette notifiée des administrations publiques (2) 66,8 % 64,1 % 64,2 % 68,2 % 79,2 % 82,4 % 85,8 % 90,2 %
Dette nette des administrations publiques (3) 60,6 % 59,6 % 59,6 % 62,3 % 72,0 % 76,0 % 78,7 % 82,4 %
Prélèvements obligatoires (4) 43,8 % 44,1 % 43,4 % 43,2 % 42,1 % 42,5 % 43,7 % 45,0 %
dont au profit de l’Union Européenne 0,3 % 0,3 % 0,3 % 0,3 % 0,2 % 0,2 %
(1) Les dépenses/recettes hors cotisations sociales imputées peuvent permettre d’obtenir une mesure plus comparable entre pays compte tenu du périmètre variable des administrations publiques.
(2) Dette au sens de Maastricht.
(3) La dette nette des administrations publiques est définie comme la différence entre la dette au sens de Mastricht et les actifs exigibles (dépôts, crédits, titres de créance négociables) détenues par les administrations publiques sur des agents privés.
(4) Hors cotisations sociales imputées.
Source : Comptes nationaux – Base 2005, Insee.

L’augmentation du déficit provient de l’augmentation des dépenses. Selon la théorie de la dépense publique, ces niveaux de dépense publiques financées par le déficit devraient se traduire par une augmentation de la croissance. Et une baisse du chômage. Ce qui n’est pas le cas. Le PIB stagne, l’emploi diminue.

La dépense publique doit également permettre de soutenir le pouvoir d’achat. Or, celui-ci a diminué en 2012. Paradoxalement, une partie de cette baisse est imputable à la hausse des prélèvements obligatoires. Ce qui signifie que, malgré des niveaux de déficits inédits en temps de paix, les rentrées fiscales n’augmentent pas, contrairement à ce que stipule la théorie de la dépense publique. Il faut augmenter les prélèvements.

Le gouvernement coupe même dans des programmes sociaux. C’est ainsi que les allocations familiales vont être attribuées sous condition de revenus, et diminuées pour de nombreuses familles. C’est un abandon de la politique nataliste du pays. Les allocations ne sont plus un avantage octroyé aux couples qui font des enfants. Elles deviennent une aide sociale.

Enfin, la dépense publique est censée redonner la confiance à la population, ce qui entraîne un effet bénéfique sur l’économie. Or, là encore, personne ne conteste que la confiance n’est pas au rendez-vous. Une illustration en est donné par le débat sur l’exil entrepreneurial. Quels que soient les chiffres, que personne ne connaît, il est indéniable que la France apparaît de moins en moins comme un pays où entreprendre.

L’alternative aujourd’hui en matière de politique économique est soit une politique de dépense publique, soit une politique de réformes structurelles. La première consiste à augmenter la dépense publique, en considérant que l’économie est comme une pompe qu’il faut amorcer. Il suffit d’injecter de l’argent dans le circuit pour que tout reparte. La seconde s’interroge sur la structure de l’économie : la pertinence du système fiscal, de la réglementation du travail, de la réglementation économique, de l’efficacité de la dépense publique. L’économie est considérée comme un système complexe, où, finalement, ce sont les gens qui créent de la richesse, de la croissance, et de l’emploi. Il faut donc créer des conditions favorables à ces gens.

En France, la balance penche en faveur de la politique de dépense publique. Elle est désignée comme une politique de relance. La politique de réforme structurelle est dénigrée. Elle est désignée comme une politique d’austérité. Il lui est reprochée de provoquer une baisse temporaire du PIB, un sacrilège quand le moindre dixième de pourcentage de ce dernier est scruté à la loupe. Il lui est reprochée de demander des efforts temporaires à la population. Elle préconise en effet de s’interroger sur la manière de dépenser l’argent public, et sur les mesures d’adaptation de l’économie, dont des mesures de flexibilité.

Les défenseurs d’une politique de réforme structurelle ne nient pas ces efforts. Ils sont nécessaires pour relancer l’économie, rétablir la confiance, et relancer l’entrepreneuriat et l’investissement.

Le paradoxe, en France, c’est que le pays connaît finalement l’austérité sans mener une politique de réformes structurelles (il s’agit en fait d’une faustérité !). La population est confrontée à des efforts similaires. Aux réductions d’emplois, à des doutes sur la croissance, à des diminutions de programmes sociaux, à des gels de rémunération dans la fonction publiquess, des gels d’embauches.

On peut toujours dire que les efforts seraient plus grands avec une politique de réformes structurelles. On peut dire que la dépense publique atténue les difficultés sociales. Mais où mène-t-elle finalement, s’il s’agit uniquement de compenser les effets de la crise, sans mener des réformes pour sortir de la crise ? C’est là le principal problème. Personne ne nie que la dépense publique peut servir à aider les gens en difficultés. Mais, s’il n’y a pas de réformes, l’économie ne générera pas suffisamment de revenus pour maintenir le niveau de protection sociale.

L’échec de la politique de relance par la dépense publique devrait, au moins, inciter à mener une politique de réformes structurelles, et à ne considérer la dépense que comme un accompagnement, non comme un outil de relance, mais comme une aide sociale. Sachant par ailleurs que la dépense n’est pas neutre : il faut la rembourser, et si l’État emprunte trop, il peut y avoir un effet d’éviction à l’encontre des entrepreneurs. Il faudra donc faire des choix de dépenses publiques, pour ne pas entraver la relance que permettront les réformes structurelles par une dépense et des prélèvements excessifs. Mais, pour le moment, ce n’est pas la politique choisie par la France.

—-
Sur le web.

Après la faustérité – Débats Contrepoints.

Lien raccourci: http://www.contrepoints.org/?p=126162

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