Animal Farm

ImageOrwell, l’auteur célèbre de 1984, rédige au sortir de la deuxième guerre mondiale un ouvrage en forme de pamphlet à l’encontre du régime concentrationnaire soviétique, en s’intéressant non au régime liberticide et oppressif (ce sera le cas dans 1984), mais à la désinformation permanente et à l’oligarchie qui règne tant en URSS que dans les démocratie populaires, d’Europe et d’ailleurs. Par conséquent cet ouvrage doit être lu comme le premier volet du désenchantement orwellien du socialisme. Lequel a plus d’un titre pour en parler, lui qui fût clochard à Londres et à Paris, et qui ne parvint à survivre qu’en enchaînant les petits boulots de plongeur ou de pigiste.

Orwell publie Animal Farm (La Ferme des animaux) en 1945, et sortira 1984 trois ans plus tard.

Des animaux vivent dans une ferme de la campagne anglaise, qui jouxte un manoir. Mr Jones en est le propriétaire. Mais les conditions de travail des animaux sont précaires : rations de nourriture bien menues, repos tout juste compensateur, pas de jours fériés ni de repos dominical, même pas de syndicat de vaches laitières ou de canards au col vert. Si bien que le vieux cochon Sage l’Ancien, qui maîtrise la rhétorique qui harangue les foules, décide de fomenter un complot et lance une révolte. Il promet un monde meilleur, sans exploitation, passant par la fin de la domination humaine. Une nouvelle ère doit voir le jour, l’Animalerie. Un chant est d’ailleurs créé à cette occasion : Bêtes d’Angleterre. L’Animalerie aura vocation à s’étendre à la terre entière : « animaux de tout pays, unissez-vous ! » scanderont bientôt les exploités du monde entier, promet Sage l’Ancien.

Bêtes d’Angleterre et d’Irlande,
Animaux de tous les pays,
Prêtez l’oreille à l’espérance
Un âge d’or vous est promis.
L’homme tyran exproprié,
Nos champs connaîtront l’abondance,
De nous seuls ils seront foulés,
Le jour vient de la délivrance.
Plus d’anneaux qui pendent au nez,
Plus de harnais sur nos échines,
Les fouets cruels sont retombés
Eperons et morts sont en ruine.
Des fortunes mieux qu’en nos rêves,
D’orge et de blé, de foin, oui da,
De trèfle, de pois et de raves
Seront à vous de ce jour-là.
O Comme brillent tous nos champs,
Comme est plus pure l’eau d’ici,
Plus doux aussi souffle le vent
Du jour que l’on est affranchi.

Un 21 juin, la révolution éclate enfin : Jones et ses ouvriers sont mis en fuite par toute la basse-cour, aidés en cela par vaches, veaux, chevaux, ânes et dindons. Deux cochons, dignes héritiers de Sage, prennent la tête du nouveau régime : Boule de Neige et Napoléon. Un troisième cochon se charge de la communication, qui était jadis muselée et qui doit à présent souscrire au réalisme animal : il se nomme Brille-Babil.

Sept principes sont alors édictés, et gravés sur la paroi de la grange, au vu et su de toute l’Animalerie :

1. Tout deuxpattes est un ennemi
2. Tout quatrepattes ou tout volatile est un ami
3. Nul Animal ne portera de vêtements
4. Nul Animal ne dormira dans un lit
5. Nul Animal ne boira d’alcool
6. Nul Animal ne tuera un autre Animal
7. Tous les Animaux sont égaux

Un certain nombre d’animaux du nouveau régime se montrent des exécuteurs zélés : Malabar tout d’abord, un cheval très fort, très musclé, qui repoussera deux contre-attaques humaines ; Douce ensuite, jument qui ne sait pas bien lire et qui croit donc sur paroles les propos changeants de Brille-Babil.

Boule de Neige veut construire un moulin pour développer de manière intensive la production de la ferme. Napoléon est d’un avis contraire et considère qu’il y a d’autres priorités. Ce dernier, aidé d’une meute de chiens qu’il a spécialement dréssés et rétirés de leur mère, pourchasse Boule de Neige et parvient à le mettre en fuite. Napoléon devient donc seul maître de la Ferme des Animaux. C’est alors qu’un moulin est finalement construit. Napoléon en endosse le prestige, et Brille-Babil se charge de rappeler à l’ordre tous ceux qui osent avancer que Napoléon était contre ce projet du temps de Boule de Neige. Napoléon était pour ce projet, c’est le penseur, l’instigateur et le réalisateur du moulin, assène Brille-Babil. Tous les animaux, plus naïfs que les cochons, croient volontiers cette propagande et chacun convient que sa mémoire doit sans doute lui faire défaut et qu’en effet, Napoléon doit être l’instigateur du moulin.

Maleureusement, une tempête détruit ce moulin précaire, et à plusieurs reprises ; il sera reconstruit à chaque fois par Malabar, qui finalement mourra d’épuisement. Toutes les dégradations dues aux aléas climatiques, et même les attaques humaines, tous les maux de la ferme sont imputés à ce traitre, à cet « homme » (!) de Boule de Neige. Des Animaux « avouent », après un interrogatoire secret mené par des cochons, avoir aidé le complot de Boule de Neige et sont donc exécutés par Napoléon.

Afin de lutter contre ces ennemis de l’intérieur, les cochons prennent de plus en plus de privilèges : ils suppriment notamment le libre débat du dimanche, dans lequel tous les Animaux pouvaient faire connaître leurs doléances et grâce auxquel les cochons devaient rendre des comptes. Progressivement, et sans qu’aucun animal ne le remarque, et malgré le léger trouble des plus anciens, un certain nombre de principes sont modifiés :

5. Nul Animal ne boira d’alcool plus que de raison
4. Nul Animal ne dormira dans un lit avec des draps

Qui ne se réduisent finalement plus qu’en seul commandement :

Tous les Animaux sont égaux, mais certains plus que d’autres.

Brille-Babil dit et répète que tous ceux qui imaginent que des principes fondateurs ont changé se trompent : ils ont toujours été comme cela. Et toujours, en cas de doute ou de trouble, les moutons sont là pour couper toute discussion en chantant « Quatre pattes oui ! deux pattes non ! Quatre pattes oui ! deux pattes non ! » sous les yeux des cochons, qui à présent portent de plus en plus souvent des vêtements.

In fine, les relations se normalisent entre cochons et humains, à telle enseigne que ces derniers viennent féliciter les cochons. Les humains leur avouent en effet que jamais on a autant exploité les animaux que dans cette ferme dirigée par des cochons. Alors les cochons, devenus obèses, se dressent sur deux pattes lors de leurs déplacements dans la ferme. Mais les moutons sont là pour scander à nouveau ce chant (qui n’a jamais changé) : « Quatre pattes bon ! Deux pattes mieux ! Quatre pattes bon ! Deux pattes mieux ! ».

Et les autres Animaux de la ferme, qui observent juchés sur une fenêtre un repas hommes-cochons qui a lieu dans une pièce luxueuse et chauffée de la ferme, ont bien du mal et finalement ne parviennent plus à distinguer les hommes des cochons et les cochons des hommes.

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3 réflexions sur “Animal Farm

  1. Décidément, je dois lire Orwell! Une honte de ne pas l’avoir encore lu, j’avoue.

    « ne parviennent plus à distinguer les hommes des cochons et les cochons des hommes. »

    Oui…

    Merci Fabrice, très bon article, moins belle histoure malheureusement!

    à+
    Héloïse

  2. copeau

    Merci Hélo, Orwell est en effet un « incontournable ». Mais pour ma part je n’hésite pas un instant à te conseiller de lire en priorité Animal Farm, que je trouve meilleur, plus percutant, plus court aussi, que 1984. Animal Farm est également nettement plus agréable à lire, à mes yeux du moins.

    Comme ce bouquin est tombé dans le « domaine public », voici un lien où le télécharger, si la lecture sur informatique, tablette ou liseuse, ne te rebute pas : http://www.bouquineux.com/index.php?telecharger=897&Orwell

    1. Je retiens ce titre alors! Merci du conseil! C’est en effet plus agréable de lire sous forme d’histoire.
      Merci pour le lien! Je l’ai téléchargé, mais je préfère la version papier encore. L’écran, je suis déjà trop dessus que j’en ai mal de tête 😉

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