L’affaire Gayet d’un point de vue libéral

BeIvXCTIMAA_blb.jpg-largeSuite aux doubles révélations du magasine Closer, cela fait quelques jours à présent que le GayetGate occupe la scène médiatique, au point d’éclipser d’une part les valises de billets déversées au Sénat par le pourrissime Dassault pour empêcher la levée de son immunité, et d’autre part les diverses clowneries médiatiques du moment (quenelles dieudonesques incluses). Tout ou presque a déjà été dit sur les relations galantes de François Hollande. Il reste tout de même à mon sens à aborder un peu plus précisément ce fait divers d’un point de vue libéral, même si d’excellents blogueurs libéraux se sont déjà livrés ces derniers jours à cet exercice avec succès et talent, par exemple ici, ou encore .
En propos liminaires, il est bien clair que je n’insisterai pas sur le ridicule de la situation, sur un président qui fait l’objet d’une risée planétaire. Les articles et reportages sont innombrables pour se moquer – souvent assez gentiment d’ailleurs – de ce qui serait l’incarnation moderne de l’ « esprit français » par un « bon vivant ». Les reportages consacrés à la France par la presse internationale ne diffèrent au passage pas vraiment de ceux que notre propre presse consacre à l’Italie ou à la Belgique, qui font souvent l’objet d’un traitement un peu comique et assez humiliant. Se moquer est du reste à mon avis un peu injuste, dans la mesure où François Hollande est parvenu, certes à son insu, à valoriser sur la même selle de scooter deux aspects forts différents de la culture française : d’une part une coucherie abracadabrantesque digne de Feydeau, et d’autre part un look robotique intriguant à la Daft Punk.
Toutefois, je ne suis pas sûr du tout que cela contribue à rendre plus humain le président le plus mal-aimé des Français. Certes ce côté adolescent attardé est au final relativement sympathique, et pourrait donner l’image d’un homme, un simple homme, prêt à franchir tous les obstacles pour vivre pleinement son amour, et à mettre de côté son importante fonction pour mieux assouvir sa passion. François Hollande serait en ce sens et dans le meilleur des cas la réincarnation d’Anna Karénine, pour ne pas dire de Jessica ou Tressia, héroïnes des bluettes débiles qui font la fortune des éditions Harlequin.
Pour ma part, je crois surtout qu’il restera de cet épisode le souvenir du traitement qu’il inflige à sa compagne officielle. Ses proches, notamment Stéphane Le Foll, le décrivent à présent comme un individu sans la moindre empathie, sans aspérité, sans pitié pour ses proches. Ceci me parait désormais clair, alors que François Hollande a bâti une partie de son succès électoral sur sa personnalité, réputée plus agréable, affable et avenante que le puant et fat Sarkozy. De plus, un autre trait de caractère, et ce n’est pas une découverte, est une fois de plus confirmé par cette affaire : son incapacité à décider, à trancher. Tout a déjà été dit sur ce point et je n’ai rien à ajouter.
Il en ressort à mon sens non pas un président plus humain, plus faible mais plus sensible, ce qui était à vrai dire ma première réaction au moment de la sortie du scoop de Closer, mais un type sans âme, un monstre froid de la politique. Qui pense disposer de qui il veut par le simple fait de la fonction qu’il exerce. Comme si, en pastichant une formule célèbre, la fonction créait l’orgasme. Ceci le rend certainement plus détestable encore.
BeUnoo_CMAATMYc.jpg-large
Plus encore, l’attitude de François Hollande, et en particulier l’aplomb risible qu’il manifeste depuis l’éclatement au grand jour de cette affaire, en particulier à l’occasion de ses voeux de mardi dernier, frise le ridicule planétaire. Il paraît assez indéniable qu’en agissant de la sorte, il abaisse objectivement la fonction présidentielle. Et ceci me paraît, entre toutes, la meilleure des conséquences provoquées par cette affaire. Alors que les présidents de la IIIe et de la Ive République étaient des citoyens lambdas dotés le temps d’un ou deux mandats de responsabilités particulières, le général de Gaulle a renoué avec une longue tradition monarchique française, en mettant le président sur orbite et en le dotant de pouvoirs tout à fait exceptionnels. Les libéraux de l’époque, de tous partis, ont combattu ce choix. Depuis, quoique à des degrés divers, les présidents qui se sont succédés se sont inscrits dans cette trajectoire, avec des extrêmes (Mitterrand, Sarkozy) et des points bas (VGE, qui a notamment renforcé les prérogatives du parlement, ou encore Chirac et sa présidence immobile). De nos jours, en ce début de XXIe siècle, François Hollande a ce mérite de rabaisser la fonction présidentielle jusqu’à une ligne de flottaison analogue à celle des présidents de la IIIe République, la République libérale entre toutes. A l’époque des Alexandre Millerand (3 ans de mandat) et des deux Casimir Périer (14 mois de présidence du conseil du temps de la monarchie de Juillet, et 6 mois de présidence de la république pour Jean Casimir-Périer, son petit-fils), le président était tout sauf un demi-Dieu, mais un politocard parmi d’autres, potentiellement à la merci des députains et de la rue. Il en fut de même, quoique dans un autre registre, des Félix Faure et Paul Deschanels (célèbres amateurs de prostituées, en quelque sorte de lointains prédécesseurs de DSK). Les présidents n’étaient en rien des Louis XIV aux petits pieds, des Naboléons de jours de pluie, des individus sacralisés et quasi déifiés. La fonction ne signifiait pas la disparition de l’homme qui l’incarnait, mais marquait simplement une limite à l’exercice du pouvoir présidentiel, et même à l’aura présidentiel. Désormais, au contraire, le président est non seulement omniscient et omnipotent, mais encore titulaire d’un pouvoir absolu dont l’ensemble des institutions dépendent et procèdent. Les discours de De Gaulle sont sur ce point explicites, de même que les dispositions de la Constitution de 1958, le célèbre article 16 en particulier. Je ne comprendrais jamais la folie qui a présidé à un tel choix, qui fait courir sur nos têtes un risque immense et sans limite. Je préfère et de très loin le pouvoir limité de beaucoup au pouvoir illimité d’un seul.
Mais il y a plus ; de lois LOPSI en dérives de l’Etat-nounou, l’intrusion de l’Etat dans nos vies privées est chaque jour plus évidente. Et face à cela, les résistances sont manifestement faibles, excepté peut-être – et encore il y aurait beaucoup à dire – lorsque le portefeuille est en jeu, les mouvements de résistance à l’oppression fiscale en étant l’illustration. Il est clair que l’omniprésence de l’action publique dans nos vie, dans notre quotidien, va crescendo. Et nos libertés individuelles décroissent d’autant. Ceci nous déresponsabilise, nous infantilise, et fait planer sur nos têtes diverses menaces stupides (je fume dans un lieu public des cigarettes électroniques, par essence non nocives pour mes voisins ? je n’attache pas ma ceinture de sécurité ? Je mange trop gras, trop salé, trop sucré ? On me condamne, on m’amende, on me corrige, au sens littéral du terme. Comme si l’Etat n’avait pas plutôt à s’occuper de ses fonctions régaliennes, qu’il assume fort mal et de plus en plus mal).
Il est essentiel de lutter contre cette tendance et de s’armer contre l’intrusion de l’Etat dans nos vies privées. Et les médias constituent une arme de choix. En renversant la perspective, en mettant la vie privée des hommes politiques sur la sphère publique, ils constituent un excellent garde fou. Au plus les élus seront discrédités et traités comme ce qu’ils sont, des people sans épaisseur que seul l’appétit du pouvoir attire, et au plus ils y réfléchiront à deux fois lorsqu’il s’agira de voter des lois intrusives. Non seulement la sphère privée n’existe pas pour les hommes de l’Etat de facto, mais encore de jure, dans la mesure où c’est bien au peuple de surveiller les élus et non l’inverse. Les médias, au lieu d’être des larbins qui servent la soupe aux puissants, devraient exercer enfin le rôle de contre-pouvoir. Il est bien clair que ce n’est pas en étant subventionné à hauteur de la moitié de leur résultat qu’ils obtiendront une quelconque forme d’indépendance. L’indépendance c’est comme la liberté, ça se gagne, se mérite et se défend, ça ne tombe pas du ciel.
Cette surveillance des élus est un enjeu majeur et une condition de la préservation de nos libertés. Elle est multiforme, et si pour ma part les frasques de Hollande ne me choquent pas du tout (je ne suis pas franchement un modèle de vertu chrétienne), il est important que ceux pour qui la morale traditionnelle a de l’importance, sachent cela, et en tirent toutes les conséquences qui s’imposent à eux. Merci donc à Closer pour le travail réalisé. C’est avec ce genre d’initiatives que la société civile retrouvera le « sens commun » glorifié par Thomas Paine.
Publicités

2 réflexions sur “L’affaire Gayet d’un point de vue libéral

  1. J’adore : un look robotique intriguant à la Daft Punk. 😉
    Je suis contente de ne pas suivre l’actualité, mais je trouve finalement ta conclusion pertinente. C’est vrai que par la mise à nu de certaines infos « privées » des « stars » politique, le sens des responsabilités est rappelé.

    Bonne sem’ Fabrice!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s