Le Pouvoir corrompt, de Lord Acton

43513Lord Acton, Le Pouvoir corrompt

Traduction par Michel Lemosse

Préface de Jean-Philippe Vincent

 

 

Historien anglais d’importance majeure et auteur de plusieurs recueils de conférences parus après son décès et devenus d’incontournables classiques, Lord Acton (1834-1902) n’avait jamais été traduit en français. C’est enfin chose faite avec trois de ses plus notoires conférences regroupées sous un titre emprunté à la sentence qui l’a rendu mondialement célèbre, « le pouvoir tend à corrompre, et le pouvoir absolu corrompt asbolument » (extraite d’une correspondance avec l’évêque Creighton), qu’elles illustrent à merveille.

Tandis que la première, Sur l’Etude de l’histoire (1895, republiée en 1906 dans Lectures on Modern History), expose la conception d’Acton sur la tâche et l’éthique de l’historien, les deux suivantes, plus anciennes, L’Histoire de la liberté dans l’antiquité et L’Histoire de la liberté dans le christianisme (1877, republiées en 1907 dans The History of Freedom and Other Essays) montrent comment elle s’est forgée lors de ses recherches sur l’émergence précoce de la liberté en Occident. Outre leur érudition sans précédent, ces textes ont pour intérêt d’être imprégnés d’une originale philosophie de l’humanité, orientée vers un développement continu de la liberté et de la responsabilité : des fins en soi de nature spirituelle.

Biographie

John Emerich Edward Dalberg, baron Acton of Aldenham, (Naples, 10 janvier 1834 – Tegernsee, Bavière, Empire allemand 19 juin 1902) est un historien et homme politique libéral britannique connu généralement sous le nom de lord Acton.

Issu d’une famille aristocratique de confession catholique, qui avait émigré en France puis en Italie, il est le petit-fils d’un amiral napolitain, Sir John Acton. Son grand-père maternel était le duc de Dalberg, d’une vieille famille allemande mais naturalisé français et représentant de Louis XVIII au Congrès de Vienne en 1814. Après des études au séminaire catholique St Mary d’Oscott (West Midlands) et à Edimbourg,il part étudier à l’université de Munich où il suit en particulier les cours de l’historien et théologien Ignaz von Döllinger, ardent libéral. Dès lors, Acton en retirera une passion pour la recherche historique qui ne se démentira jamais, comme en témoigneront ses travaux sur l’histoire du christianisme en relation avec l’émergence de la liberté individuelle. Il est refusé à l’université de Cambridge en raison de sa religion.

Il noue des amitiés avec de nombreux intellectuels et historiens de son temps : MontalembertTocqueville, Fustel de Coulanges, le suisse Bluntschli, Leopold von Ranke.

Il accompagne lord Granville à Moscou pour la couronnement du tsar Alexandre II.

D’abord proche des parti whig, il s’oriente vers les libéraux et admirateur de William Gladstone : élu à la Chambre des Communes en 1859 comme représentant du bourg irlandais de Carlow. Mais il ne montre guère un parlementaire actif et sa carrière prend fin avec les élections de 1865 où il perd son siège.

Pour lui, le système américain avec sa structure fédérale est la meilleure garantie des libertés individuelles. Durant la Guerre de Sécession, ses sympathies vont à la confédération au nom de la défense des droits des États contre un gouvernement centralisé qui ne peut que tourner à la tyrannie. A ses yeux Lee se battait « pour notre liberté, pour notre progrès, pour notre civilisation. »

Il est fait baron Acton par la reine Victoria en 1869 accédant à la Pairie grâce à l’intercession de William Gladstone. Les deux hommes étaient des amis très proches et Acton avait une très forte influence sur le premier ministre.

Parallèlement à ses activités politiques, il continue ses travaux d’érudition et rédige de nombreux articles pour divers périodiques, parmi lesquels The Rambleret The Chronicle. Convaincu que l’Eglise catholique doit jouer un rôle dans la promotion des idées libérales et individualistes, il est profondément déçu par l’instauration du dogme de l’infaillibilité pontificale par Pie IX en 1871 mais à la différence de son ancien maître Döllinger, il va rester fidèle à la « communion avec Rome ». Le Saint-Siège de son côté ne condamne pas les écrits assez critiques qu’il peut publier.

Il est fait docteur honoris causa par l’Université de Munich en 1872, l’université de Cambridge en 1888 puis d’Oxford en 1889.

Il poursuit sa carrière d’historien, il fonde l’ English Historical Review en 1886, avant d’être accueilli en qualité de professeur d’Histoire moderne à Cambridge en 1895 à l’initiative de lord Rosebery.

Il meurt en 1902, laissant inachevée son History of Liberty.

Ses idées

Pour Lord Acton, l’histoire est un processus orienté par la liberté humaine. La défense de celle-ci est d’ordre moral: si le pouvoir politique s’arroge le droit de commander aux hommes leurs actes, il les prive de leur responsabilité.

Par ailleurs, Acton estime que la notion de liberté est davantage un apport chrétien que gréco-romain. Car le christianisme a révélé dans sa plénitude ce concept en montrant son indissociabilité de l’idée de responsabilité. La liberté politique ne constitue pas la fin de toute action humaine, mais garantit que les individus puissent atteindre des buts spirituellement élevés (améliorer leur vie et celle de leurs proches en travaillant, aider son prochain, mener une vie honnête, etc.).

Concernant la théorie politique pure, Acton a aussi conçu une distinction cruciale entre deux questions essentielles: « Qui détient le pouvoir politique ? » et « Quels sont les limites aux pouvoirs de l’État ? » La première rejoint l’opposition entre démocratie et régime autoritaire, tandis que la seconde revient à distinguer le libéralisme et ce que l’on appellera plus tard le totalitarisme.

Citations

  • Le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument. Les grands hommes sont presque toujours des hommes mauvais.
  • Le libéralisme tend vers ce qui doit être sans égard pour ce qui est.
  • La volonté du peuple ne peut rendre juste ce qui est injuste.
  • Les Whigs gouvernaient par le compromis. Les libéraux inaugurent le règne des idées. Comment distinguer la doctrine des Whigs et celle des libéraux ? La première est pragmatique, gradualiste, prête au compromis. La seconde travaille à partir d’un principe philosophique. La première est une politique qui vise la philosophie. La seconde est une philosophie à la recherche d’une politique.
  • La liberté n’est pas un moyen pour une fin politique plus haute. Elle est la fin politique la plus haute. Ce n’est pas en vue de réaliser une bonne administration publique que la liberté est nécessaire, mais pour assurer la poursuite des buts les plus élevés de la société civile et de la vie privée.
  • La coexistence de plusieurs nations dans le même État est une école de la liberté aussi bien que sa garantie.
  • Une société qui ne connaîtrait pas les institutions de la propriété privée se condamnerait à ne jamais savoir ce qu’être libre veut dire.
  • (La liberté) n’est pas le pouvoir de faire ce que l’on veut, mais le droit de se montrer capable de faire ce que l’on doit.
  • L’homme qui préfère son pays avant toute autre chose présente le même état d’esprit que celui qui délègue tous ses droits à l’État. Tous deux nient que le droit soit supérieur à l’autorité.

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