Maison Ikkoku


Une fois n’est pas coutume, alors que j’ai parlé jusqu’à présent de choses pour le moins diverses (musique, films, politique, littérature, horlogerie, et j’en passe), je n’avais jamais encore abordé la question des mangas et de la japanimation. Je corrige donc le tir et tente de combler ce vide avec le présent article. Il sera consacré à Maison Ikkoku (めぞん一刻, mezon ikkoku), qu’on appelle en France Juliette je t’aime. Autant préciser les choses tout de suite. C’est à mes yeux la meilleure série animée japonaise. Même la meilleure série animée tout court. Le manga est le meilleur de tous les mangas que j’ai lus. Et son auteur, la célèbre mangaka Rumiko Takahashi, la plus grande de toutes les mangaka. D’hier, d’aujourd’hui et vraisemblablement de demain. C’est dire si je place la barre haut. Et si j’ai perdu depuis longtemps toute forme d’objectivité lorsque je m’épanche sur Maison Ikkoku.

MI_09_06_25Il y en a sans doute qui ne connaissent pas. Je vais donc vous présenter dans un premier temps de quoi il s’agit, lorsqu’on parle de la Pension des mimosas (plus ou moins la traduction de Maison Ikkoku, ou Ikkoku-san).

Il s’agit d’un manga démarré en 1981. Oui, 1981, il y a presque 35 ans. Et qui s’est achevé en 1987. Il a été adapté par le studio Studio Deen, produit par Kitty Film, de 1986 à 1988. L’excellent character design a été assuré par la non moins excellente Akemi Takada (Creamy, Max et compagnie, Lamu…). Et il a été diffusé en France à compter du lundi 5 septembre 1988, sur TF1, tout le long de ses 96 épisodes. Notez donc que le succès de ce manga fut tel, que son adaptation en anime a démarré alors même que l’histoire du manga n’était pas achevée.

Maison Ikkoku raconte une histoire longue, complexe, exigeante. Et cette histoire est racontée pour l’essentiel, mais pas exclusivement, sous l’angle de Yusaku Godai (Hugo), un étudiant raté qui passe son temps à tenter de préparer ses concours d’entrée à l’université, et qui échoue à chaque fois. C’est un « Rōnin » comme on dit dans le Japon moderne. Il habite dans une pension de famille, chose déjà largement désuète au moment où ce manga a été écrit, et a comme voisins des locataires tous plus tarés les uns que les autres. Sa chambre est un lieu de fête et de persécution de cet étudiant raté. A telle enseigne qu’il n’en peut plus, et va quitter cette fameuse Pension des mimosas pour aller habiter dans un endroit plus tranquille.

Il s’apprête à franchir la porte de la pension, lorsqu’il tombe nez à nez avec Kyoko Otonashi (Juliette), dont il tombe immédiatement raide amoureux. Contre toute attente, car elle est bien jeune, c’est la nouvelle concierge de la pension. Godai ne veut plus, et ne voudra plus jamais, quitter Maison Ikkoku.

Mais rien n’est simple. Si deux ans seulement séparent Kyoko de Godai, Kyoko garde en elle une terrible mélancolie, on sent que cette jeune femme qui était jadis pleine de vie, n’est plus aujourd’hui qu’une personne perdue dans ses pensées. Son sourire timide cache une profonde tristesse. Car, malgré son jeune âge, elle est veuve. Elle n’a été mariée que six mois, avant que la mort n’emporte l’homme de sa vie, Soichiro Otonashi (Maxime). Non seulement elle est encore amoureuse de ce dernier, mais elle souhaite lui rester fidèle, et n’envisage absolument pas de refaire sa vie.

Godai l’aime de tout son cœur, mais comment se mesurer face à un spectre ? Il aura certes un rival, en la personne de Shun Mitaka (François), professeur de tennis BCBG et genre parfait, alors que lui, Godai, est aussi fauché que le blé de la fin de l’été. Mais son véritable rival, c’est Soichiro.

3796272796_95359e9a37_oPour compliquer le tout, ses voisins de la Pension (en particulier ce malade de Yotsuya (Stéphane), personnage non seulement bizarre, mais franchement chelou et pervers, ou encore Mme Ichinose (Pauline), commère plus ou moins malveillante) ne vont pas lui faciliter la tâche. Sans parler de ses propres prétendantes, Kozue (Suzanne, doublée par Catherine Laborde, oui, la miss météo de TF1 depuis une quinzaine d’années !) ou ultérieurement Ibuki (Clémentine, personnage clé selon moi bien que largement sous-estimé).

Je n’en dis pas plus sur l’histoire en tant que telle, je ne veux pas tout spolier non plus. Je me contenterai ici de quelques commentaires d’ordre général.

Tout d’abord, ce manga est le plus réaliste que je n’ai jamais connu. Il dépeint la société japonaise des années 80 de l’intérieur comme personne. A tel point que c’est difficile pour un non-japonais de s’approprier les multiples références présentes à l’écrit comme dans l’anime (les plats que les personnages mangent, les panneaux dans la rue, les codes, rites, symboles divers typiquement nippons). Il en ressort que des thèmes extrêmement sérieux et importants sont traités, parfois avec légèreté, parfois gravité : la place de la femme japonaise, le statut de veuve et son acceptation sociale, la vie étudiante et ses déboires dans cette mégapole absolue qu’est Tokyo, la précarité, la promiscuité, la carrière promise de salaryman que Godai, devenu nettement plus mature, parvient à éviter, l’indépendance recherchée par les principaux protagonistes, chacun à sa façon. Il y a énormément de justesse dans le propos, mais le ton n’est jamais ennuyeux bien au contraire, Rumiko Takahashi est même une maîtresse dans l’art de pratiquer le quiproquo, la situation absurde, le jeu de mot qui l’est tout autant, l’humour loufoque.

Maison_ikkoku_11Ensuite, ce manga et son anime dégagent quelque chose de spécial. Quelque chose qu’il est difficile de verbaliser. Un état d’esprit mélancolique, une sorte de spleen général, qui débouche pourtant sur une formidable joie de vivre in fine. Il est impossible de ne pas accrocher à Maison Ikkoku, de ne pas plonger dans cette histoire avec tous ces personnages. De ne pas avoir de l’empathie pour Godai, de l’amour pour Kyoko ou Ibuki, de la compassion pour Kozue, de l’admiration pour Soichiro. Le manga parvient, outre l’humour ou les thèmes sérieux évoqués ci-dessus, à faire passer aussi cet état d’esprit (fun’iki). Ce qui est un exploit dans ce genre de format. L’effet est du reste renforcé dans la version anime, qui joue comme jamais des pauses, des passages lents et langoureux, des scènes d’introspection, le tout illustré par une bande-son parfaite. Moi qui ai adoré d’autres animes auparavant (par exemple les Cités d’Or), la bande-son, les génériques (presqu’une vingtaine se sont succédés !), les détails innombrables de Maison Ikkoku écrasent absolument toute concurrence, quelle qu’elle soit. Jamais aucun autre anime n’a provoqué chez moi la sensation que j’ai eue en regardant il y a plus de 25 ans Maison Ikkoku. Et cette même sensation revient, intacte, à chaque fois que je revois ne serait-ce qu’un seul épisode de cette série culte.

Evidemment il y a le poids de la nostalgie, il joue à fond. Mais cet argument est un peu court. Revoir Maison Ikkoku avec des yeux d’adultes n’est pas stupide. Lire le manga après l’anime n’est pas stupide. Revoir les épisodes en VO plutôt qu’en VF, comprendre certains passages censurés à l’époque (Ah, les bitures à la limonade ! Ah, les scènes un poil trop osées, comme les revues érotiques que Godai cache dans sa chambre, le pseudo strip-tease de Kyoko, … !), n’est pas stupide. Car cette histoire n’est pas faite pour les enfants. C’est un seinen, un manga pour (jeune) adulte. La tranche d’âge visée par Takahashi était, grosso modo, les 16-30 ans. L’anime troque l’humour déjanté du manga pour un humour plus conventionnel, et vise un public un peu plus large, disons 14-30 ans. Alors que chez nous cet anime a été diffusé sur TF1 dans le Club Dorothée, qui, lui, visait un cœur de cible nettement plus jeune (disons, 8 à 12 ans). Ceci explique la censure. Mais aussi l’intérêt pour un adulte de se pencher dans cette histoire (et, pour le manga, d’aller au-delà du tome 5, qui marque une véritable rupture dans l’atmosphère de celui-ci). Le hiatus existe et perdure, il est agaçant pour le puriste. Mais il n’a bien évidemment rien de comparable avec Hokuto No Ken (Ken le Survivant), qui était destiné aux adultes, diffusé au Japon entre 23h30 et minuit, et qui n’avait rien, mais alors rien, à faire dans une émission pour enfants. Ceci nous a certes permis de bénéficier d’un doublage d’anthologie, mais donne aussi une idée claire sur la manière dont AB achetait n’importe quelle série japonaise sans même la visionner auparavant…

Surtout, Maison Ikkoku raconte au fil de cette longue histoire (qui s’étale sur 7 ans) ce qu’est véritablement l’amour. Comment il naît, comment le coup de foudre de Godai, garçon impétueux, irréfléchi, versatile, parvient à se transformer au fil de sa maturité en véritable amour. Cet amour que chacun rêverait de connaître un jour, bien qu’il soit largement inatteignable. Et parvenir à passer un tel message via une série animée, un manga, ou quelque autre support que ce soit d’ailleurs, est une gageure. Pourtant, ce défi a été parfaitement relevé ici.

Je n’ai pas grand chose à ajouter que ceci : si vous ne connaissez pas, ruez-vous sur l’anime, puis le manga. Si vous connaissez l’anime de vos jeunes années, regardez-le à nouveau, puis le manga. Si vous êtes fan de manga, et que vous ne connaissez pas Maison Ikkoku (impossible toutefois que vous n’ayez pas entendu parler de ce monument du romantisme…), et bien réparez vite cet oubli.

Je laisse le dernier mot à quelques fans, dont je partage totalement l’enthousiasme.

Niki écrit :

Cela est servie par une atmosphère unique crée par la convivialité de la pension de Mimosas, la grande pente devant la pension qui est le lieu le plus romantique de toute la japanimation, mais aussi par toutes les personnes que Hugo rencontrera durant son parcours, l’ivresse crée par les moments de joie ou de peine la mélancolie se dégageant du récit, l’ost tout simplement mémorable, enfin bref.

Difficile de décrire cette série, il y aurait tant à dire mais par peur de vous spoiler je m’arrêterais là, je n’ai qu’une chose a dire regardez-le diantre de merde, sans a priori débiles ou encore moins des attentes surfaites, et regardez-le en espérant que vous aurez le sourire béat tout le long de l’épisode et que vous riez aux éclats face à l’humour ravageur de la série, que vous ayez le cœur serré grâce au romantisme de la série, que vous preniez le même pied que j’ai pris hier a voir ces 15 épisodes.

un autre échange intéressant ici

vol5Vous pouvez également lire, sur la Mangathèque, le passage suivant :

Et la fin me direz-vous ? Pas de spoil, rassurez-vous… Sachez juste que la fin est superbe, émouvante, une vraie fin, une période se termine, une histoire se finit mais la vie continue, aucune frustration car aucun personnage n’est oublié… Evidemment, une fois tournée la dernière page, il est difficile d’accepter de quitter les joyeux pensionnaires de Maison Ikkoku, mais on garde inévitablement un grand sourire sur le visage, avec peut-être une petite larme à l’œil, ravi d’avoir pu suivre 7 ans dans la vie de ces hommes et de ces femmes, 7 ans de galères, d’erreurs, d’échecs, de réussites, de fausses joies, de bourdes, de maladresses mais surtout, 7 ans d’amour, de tendresse et d’humour…

Maison Ikkoku n’est ni mielleux, ni naïf, ni guimauve. Ici, ce sont des gens qui sont loin d’être parfaits, comme vous et moi, ancrés dans leur quotidien et qui apprennent à vivre ensemble et à trouver leur place. Maison Ikkoku, c’est l’histoire d’un amour qui se construit, qui se bâtit petit à petit, malgré les doutes, les peurs, les problèmes de communication, mis en scène avec pudeur, sensibilité, réalisme et un regard très adulte (mariage, maternité, mort, argent, chômage…). Maison Ikkoku est un manga à découvrir qui fait tour à tour rire et pleurer, à déguster page après page pour découvrir toutes les subtilités et les situations hilarantes dont les volumes sont truffés.

Sur le site kyoko.org, on peut lire ceci :

En étant le témoin de l’évolution de ses sentiments, de ses peurs, de ses hésitations du coeur, à partager ses joies, ses colères et ses peines, on ne peut que s’attacher à ce personnage si humain et j’ai fini par ressentir une profonde empathie avec ce que Rumiko Takahashi a essayé d’exprimer à travers ce personnage. Kyoko est très humaine et d’un naturel enjoué. Bien qu’elle n’ait pas toujours eu de la chance dans sa vie, elle a su rester chaleureuse.

Son seul défaut, jusque vers la fin de l’histoire, est de croire qu’il n’y a qu’une seule réponse aux problèmes de la vie. Mais elle saura changer pour enfin être heureuse…

En France, le manga a été édité par Tonkam dans une édition en dix tomes, mais celle-ci semble désormais épuisée.

71zALFufh5L._SL1200_Vous pouvez en revanche très facilement trouver le coffret DVD, en version intégrale non censurée, en VOST et en VF, avec les génériques originaux, les teasers… par exemple sur Amazon.

Enfin, un site de référence sur Kyoko Otonashi et Maison Ikkoku.

Coluche et les Rolex du Cœur


Vous pensez tout connaitre de Coluche. Son humour, son talent indéniable, ses films, sa passion pour la vitesse et les motos. Mais saviez-vous qu’il était aussi un fin collectionneur de belles montres ?

Il y a 30 ans, Coluche fondait les Restos du coeur... une Cartier au poignet
Regardez attentivement la photo ci-dessus. Vous l’avez déjà vue tant de fois. Vous pensez à la campagne hivernale des Restos du Cœur qui démarre actuellement. A la musique de Jean-Jacques Goldman et aux Enfoirés.
Pourtant, il y a un détail qui vous a sans doute échappé. Coluche, sur cette photo les bras croisés, porte une magnifique Cartier Tortue. Une montre à 15 000 euros. Comme l’écrit le site BellesMontresOnline,

l’humoriste et acteur à l’origine de l’association, qui a servi 130 millions de repas lors de la saison 2013-2014, était un passionné d’horlogerie. À la ville comme sur scène, au cinéma comme à la télévision, il arborait souvent des modèles onéreux, dont le prix flirterait aujourd’hui avec les 100 000 euros.

 Je n’ai pas envie de commenter ici le talent de Coluche, en tant qu’humoriste, que cinéaste et qu’acteur, qui me parait indiscutable, quoiqu’un cran en dessous de Jean Yanne ou de Pierre Desproges. Il n’a pas volé, loin de là, l’argent qu’il a gagné durant sa vie, et jusqu’à la preuve du contraire il ne l’a extorqué à personne, à la différence des hommes de l’Etat. Bien sûr l’humoriste est critiquable, l’acteur plus ou moins bon (Tchao Pantin me parait des plus dispensables), et j’ai mieux apprécié ses écrits que ses spectacles. Pour autant, Coluche est un indéniablement un marqueur de la société française des années 70-80, et à ce titre marque encore de nos jours pleinement les esprits de nos contemporains. Je ne commenterai pas en tant que tel son goût pour les montres de luxe, que je partage avec lui, à défaut, pour ma part, d’avoir les moyens de me les acheter. Enfin, je ne ferai volontairement aucun lien entre ses goûts et son engagement humaniste qui prit la forme de la création des Restos du Coeur. Je laisse chacun se forger sa propre opinion sur le personnage, qui ira vraisemblablement de la critique du charity-business à la défense d’une oeuvre en faveur des plus démunis, comme Bill Gates par exemple peut le faire en Afrique.
Et puis quelqu’un qui a écrit des aphorismes d’anthologie tels que
Les fonctionnaires sont tellement habitués à ne rien faire que lorsqu’ils font grève, ils appellent ça une « journée d’action »
 ou encore :
La moitié des hommes politiques sont des bons à rien. Les autres sont prêts à tout.
mérite notre respect et notre gratitude.
Je me contenterai donc de souligner qu’à la faveur de ses passages médiatiques, du visionnage de scènes issues de ses films, de photos d’époque, il est possible de noter et de souligner le goût sûr et prononcé de Coluche pour les belles montres. Ce qui suffit – à mes yeux, je ne vous demande pas de partager mon point de vue –  à le rendre encore plus sympathique. Je remercie le site Belles Montres Online qui m’a fournit de nombreuses précisions sur ces itérations horlogères de Coluche, qui n’ont, au demeurant, pas vocation à être exhaustives.

La Rolex Submariner de Banzaï

Dans le film Banzaï, sorti en 1983, Coluche apparaît à l’écran avec au poignet une Rolex Submariner. Probablement une référence 1680 qui aujourd’hui se vend sur le second marché pour environ 6 000 euros. Symbole de l’horlogerie de luxe sport chic, la Submariner est réputée pour sa robustesse, sa précision et son look indémodable. Un classique horloger.

La Submariner, c’est LA montre de plongée ; celle qui a inventé les codes de cet incontournable de toutes les marques horlogères modernes, même si Rolex ne peut s’enorgueillir d’être le premier fabricant de montres de plongée. A la demande du Commandant Cousteau, c’est Blancpain et sa Fifty Fathoms qui lui dame le pion de quelques années.

La « Sub », c’est la montre mille fois imitée, jamais égalée ; les codes graphiques de celle-ci datent des années 1950, et sont désormais passés dans le domaine public. Il en ressort que de nombreuses marques, de qualité parfois, douteuses souvent (je pense par exemple à l’Ice Watch) s’inspirent – pour employer un doux euphémisme – de la Submariner. Peut-être la seule et unique montre que tout un chacun peut reconnaitre immédiatement au poignet de quelqu’un.

Une Marine quand il faut être sérieux

Ce n’est pas parce que Coluche nous faisait rire qu’il n’était pas pour autant une personne raffinée. Il ne faut donc pas s’étonner de le voir en costume trois-pièces, les cheveux bien coiffés avec au poignet une montre Breguet Marine d’une valeur de 8 000 euros. Entre son boîtier en or blanc et son cadran guilloché parcouru par des aiguilles bleuies, ce garde-temps est l’un des summums du raffinement horloger. Étonnant de le croiser au poignet de Coluche ? Pas vraiment.

Bréguet appartient de nos jours au Swatch Group. C’est l’une des marques les plus anciennes de l’histoire de l’horlogerie, fondée par Abraham Bréguet en 1775 à Paris – oui, j’ai bien écrit en 1775, ce qui laisse songeur au regard de la durée de vie des entreprises modernes, et qui fait de cette maison horlogère une contemporaine de la Déclaration des droits de Virginie, de la Déclaration d’Indépendance, et de la Richesse des Nations, rien que ça ! Bréguet reste de nos jours une marque parmi les plus réputées de l’horlogerie helvético-française. Les montres Breguet sont facilement reconnaissables à leur boîtier cannelé, le plus souvent en or, leur cadran finement guilloché ou émaillé et leurs aiguilles en acier bleui dont les pointes se terminent en pomme évidée. La quintessence du classicisme. Une valeur très très sûre, en effet, qui surprend chez Coluche mais qui est la preuve évidente d’un goût particulièrement avisé.

Une Daytona par passion

En bon passionné de vitesse, Coluche se devait de porter une montre de pilote lorsqu’il était au volant de sa Ford Fairlane, ou aux commandes d’un de ses bolides à deux roues. Quoi de mieux qu’une Rolex Daytona « Big Red », véritable Graal horloger aux yeux de bien des collectionneurs, rendue populaire depuis son apparition au poignet de l’acteur Paul Newman, dans le film Virages. Elle est surnommée « Panda » en raison de son cadran blanc et de ses compteurs noirs, et son charme agit sur n’importe quel amateur d’horlogerie sportive. Aujourd’hui, le modèle que portait Coluche s’arrache aux enchères pour environ 30 000 €.

Ah la Daytona « Cosmograph » Panda !  Créée par Rolex en 1963, c’est le premier chronographe de cette auguste maison. Il embarquait pendant longtemps le fameux El Primero de Zenith, avant que Rolex décide, enfin, de développement son mouvement maison. Que dire sur la Rolex Daytona baptisée « Paul Newman » par les collectionneurs ? C’est un chronographe cher, très cher même, et terriblement efficace. L’un des plus beaux (d’ailleurs, bien plus beau à mon avis que la Daytona contemporaine, qui sombre dans l’ornière bling-bling dans laquelle Rolex se trouve souvent à présent). L’un des plus fiables aussi. Seule la Speedmaster d’Omega, la « moonwatch », la montre des missions spatiales en général et lunaires en particulier, parvient à lui tenir la dragée haute. Et dans une moindre mesure, la El Primero déjà citée. La Daytona, c’est l’incarnation de la vitesse, des courses endiablées du circuit de Floride, de celles d’Indianapolis ou du Mans. Avant même que Tag Heuer ne truste ce créneau rémunérateur, sur lequel il s’est peu ou prou spécialisé depuis la célèbre Monaco portée par Steve McQueen.

De curieuses Audemars Piguet

En plus d’être humoriste, comédien, animateur radio, pilote de moto et fan d’automobile américaine, Coluche était un passionné de montres, un amateur averti, dont la collection renferme quelques modèles très pointus. On pense notamment à un chronographe Jules Audemars en or avec cadran en émail signé Audemars Piguet d’une valeur de 14 000 euros, ou encore à la pièce surprenante qu’il porte dans le film Le Maître d’école. Une Cartier Art Déco de 1945 livrée par Audemars Piguet. Une double signature et une provenance qui ont permis à cette montre rectangulaire d’apparaître aux enchères chez Antiquorum en avril 1992 à 25 000 francs suisses (soit environ 20 000 euros actuellement). Que sont devenues les montres préférées de la collection de Michel Colucci ? En tout cas, on ne les a pas encore croisées en ventes aux enchères.

Cet inventaire n’est sans doute pas exhaustif, et si parmi mes lecteurs certains peuvent m’aider à le compléter, c’est bien volontiers que j’amenderai ce billet.

Les Aventures d’Hercule


 15344Tout semble paisible au royaume des Dieux. Zeus, satisfait du travail effectué par son fils, coule aujourd’hui des jours heureux… Bien entendu, cela ne dure pas et quatre Divinités lui volent ses sept éclairs magiques, rompant ainsi l’équilibre de l’univers. Zeus tire en effet toute sa puissance de ces fameux éclairs (au chocolat), et ne peut que se sentir outragé par la méchanceté de ces vilains Dieux renégats. C’est blessé par une telle félonie, que Zeus décide d’avoir recours une nouvelle fois à Hercule pour retrouver les précieuses reliques, rétablir l’ordre et repousser le mal. Les muscles saillants, toujours aussi bien huilés, Hercule va réciter son texte sans se tromper, tout en sachant à chaque fois quelle grimace adapter à chaque ligne de ses puissants dialogues. Parallèlement à cela (deux intrigues pour le prix d’une), Urania et Glaucia partent à la recherche d’un héros capable de stopper le sacrifice des vierges malheureusement très à la mode ces derniers temps. Leur chemin croisera bien entendu celui du musculeux Hercule qui se fera une joie de terrasser les tueurs de pucelles et autres gredins ou assimilés. Comble du hasard, chacun de ces odieux individus libérera, une fois éliminé, l’un des fameux éclairs… C’est Zeus qui sera content.

Je voudrais vous parler d’un des films les plus foutraques de l’histoire du cinéma, l’un des plus évocateurs sinon caractéristiques du n’importe quoi des années 80. Ce film est un mélange de Star Wars, de trukisherie, de mythologie grécoïde, d’aventures palpitantes à la Derrick, de scénario rédigé en service psychiatrie, et de fin psychédélique qui ridiculise aussi bien Boney M que S-Express. On s’attend presque à voir Lou et sa copine aux seins qui pointent se lancer dans un Give me a man after midnight sur le dancefloor. Une hagiographie s’impose, et il faut pour cela remonter un peu l’histoire de ce second opus. En 1983 sort Hercule, incarné par l’inénarrable Lou Ferrigno, l’un des plus mauvais acteurs de l’histoire du cinéma (et du reste des séries télé, voire des pubs pour le maïs complet Géant Vert). Réalisé par Luigi Cozzi, Hercule marque les esprits (je veux dire, ceux de la Cannon, la société de production transalpine du chef d’œuvre susnommé). Tant et si bien qu’icelle décide de remettre le couvert et de réactiver le duo à rendre blême Terence Hill et Bud Spencer, je veux parler bien sûr du duo Cozzi-Ferrigno (y’en a deux qui suivent). Le couvert prendra la forme de Sinbad (le troisième marin le plus célèbre, après Haddock et Cousteau). Sauf que les finances manquent, et la Cannon ne parvient pas à convaincre les investisseurs potentiels parmi les plus âpres au gain (ont-ils contacté Marc Dorcel ? nul ne le saura jamais).

Au pied d’un tel suspense ébouriffant, qui vous tient en haleine j’imagine, que s’est-il donc passé ? hein ? Je laisse la parole à Devildead :

Reste qu’en attendant, cette même Cannon a dans ses cartons un incroyable navet, un film infâme qu’elle n’ose montrer à personne. Ce film, c’est bien entendu Les 7 Gladiateurs, réalisé par l’infernal tandem que forment Bruno Mattei et Claudio Fragasso. En attendant donc que le projetSinbad se débloque, la société de production de Golan et Globus demande à Cozzi de voir ce qu’il peut faire pour sauver Les 7 Gladiateurs. L’idée est alors de demander à Lou Ferrigno de tourner durant deux semaines quelques séquences supplémentaires et alternatives. Cozzi pourra ainsi remplacer quarante minutes d’abjections par quarante nouvelles minutes fraîchement tournées et peut être, enfin, rendre le film acceptable. Cozzi charcute donc le métrage d’origine et n’en conserve que la moitié. L’autre moitié, il la tourne avec un Lou Ferrigno de retour pour l’occasion…

Mais alors que le projet semble prendre une forme définitive, la Cannon change son fusil d’épaule et suggère de profiter de Ferrigno deux semaines de plus pour ainsi avoir un métrage complet ! La totalité des images des 7 Gladiateurs passe donc à la trappe et il en sera de même pour la trame réécrite par Cozzi. Malheureusement, les délais accordés restent insuffisants pour réaliser un film complet et Lou Ferrigno ne sera pas payé puisqu’il n’était supposé tourner que des séquences additionnelles ! Le culturiste tire donc sa révérence pour rejoindre le navire de Sinbad qui vient d’échouer entres les mains de Enzo G. Castellari. Luigi Cozzi a donc en sa possession une série de scènes n’ayant pas de véritable lien entres elles et surtout, il n’a pas de fin pour son film ! L’homme devra donc réaliser un incroyable travail de montage et user de tout son système « D » pour donner naissance au film Les Aventures d’Hercule. Plus qu’une suite, ce nouvel opus des péripéties d’Hercule est donc un magnifique exemple de ce que l’industrie du cinéma peut être amenée à produire pour rentrer dans ses frais… Nous noterons toutefois que cette regrettable expérience sonnera le glas de la branche Italienne de la Cannon, judicieusement nommée «Cannon Italia Srl».

1576271978_74e6e46ae2_oSi vous pensiez y trouver des allusions plus ou moins fidèles à la mythologie, passez votre chemin ! Vous friserez sinon l’apoplexie ! Aux côtés desAventures d’Hercule, le Choc des Titans semble avoir été adapté par Ovide en personne (non, je n’ai pas écrit Ovidie) ! Ici, c’est le choc de l’espace interstellaire, X-Or rencontrant Superman, le tout mâtiné de deux bonnes tranches de Retour vers le futur, de Godzilla et de… tout ce que vous voulez, en fait. Le film n’a aucune structure narrative, à une exception près : si pendant une heure environ les scènes (avec ou sans Lou) se succèdent sans lien apparent entre elles (et je passe sur la lumière, la photo, que ne coïncident jamais, les raccords, les plans qu’on revoit toutes les dix minutes), on sombre dans le plus grand n’importe quoi après. Je passe aussi sur la présence à l’écran de Lou, à peu près équivalente à celle d’une laitue un peu fanée (quoique légèrement stéroïdée). Je passe aussi sur la Gorgone, sur le vilain Poséidon, sur Minos ressuscité, etc. Tout ou presque relève du grand-guignol dans ce film mémorable.

Nanarland ajoute :

Tout cela n’est qu’un prétexte à une succession d’effets spéciaux qu’on pourrait qualifier d’artisanaux si l’on ne craignait d’offenser les artisans, de combats chorégraphiés par un troisième assistant stagiaire démotivé et d’affrontements avec des créatures en plastique qui feraient mourir de honte Ray Harryhausen. En guise de péplum post-moderne, nous avons droit à une pelletée de scènes du type “3 figurants”, “mêmes lieux mais sous un autre angle”, “forêt, carrière & usine désaffectée”. Vous pourrez notamment y admirer Lou Ferrigno se battant avec des hommes de boue mal maquillés, ou se transformant en spermatozoïde marin après avoir avalé une frite magique (oui, je sais… mais il faut voir la scène pour comprendre !).

J’ai apprécié la présence d’un monstre dévoreur de vierges, je le souligne au passage, bien qu’il s’agisse ni plus ni moins que de la créature de la Planète interdite redessinée ! on n’arrête pas un Cozzi en pleine séance de recyclage, plus développement durable que lui tu meurs !

La fin du film, disais-je, revenons-en si vous le voulez bien. Outres les transitions, qui rappellent assez agréablement celles de Star Wars, il y a à la fin du film un combat entre Hercule et Minos, qui commence comme un combat entre chevaliers Jedi, se poursuit en séance disco façon Tron pour in fine céder la place à l’incroyable, à l’impossible, à l’inimaginable. Là encore, citons Devildead :

une chose à laquelle le spectateur n’était bien évidement pas préparé et qui le sortira fort brutalement de sa torpeur. Définitivement privé de son culturiste Herculéen, Cozzi décide tout simplement de poursuivre le duel spatial sous la forme d’un dessin animé expérimental d’une incroyable laideur ! Mais le plus fou reste à venir car, libérés de leur enveloppe physique, nos combattants peuvent maintenant épouser différentes formes. C’est ainsi que Minos opte pour une apparence de tyrannosaure puis de serpent géant et que Hercule, pour sa part, devient un gorille !

A ce propos, Cozzi répond :

Je devais notamment trouver une façon d’avoir Ferrigno pour la fin, sans tourner avec Ferrigno (rires) ! C’est devenu alors cette espèce de dessin animé expérimental. Les Aventures d’Hercule est un film dingue.

1575382313_c7f1e32ed8_o1Luigi, qui a toute ma sympathie, est néanmoins, je dois bien le dire, un peu gonflé sur ce point. Cette scène finale, où l’on voit King-Kong se battre contre un tyrannosaure est tiré du VRAI King-Kong de 1933 et rotoscopé à partir de l’original. Toute la séquence est celle du combat de la version de 1933. Développement durable, là encore.

Qu’ajouter sur ce film ? l’histoire est inexistante, la trame scénaristique est celle d’un puzzle maintes fois recomposé, et c’est sans conteste l’un des films les plus fous et les plus bordéliques du cinéma italien, qui pourtant n’en manque pas. Un film d’une si grande nullité que même Audrey Tautou aurait pu y jouer ! Associer des images à la laideur insupportable, aux couleurs plus criardes qu’une robe d’Yvette Horner, à des acteurs aussi époustouflants de cabotinage que Lou, à des vierges aux tenues à peine affriolantes (un mauvais point ici, le cinéma de genre italien nous a réservé bien mieux), ne passe pas inaperçu. Cozzi ne suit aucunement le récit traditionnel, si ce n’est au énième degré, ni d’ailleurs quelque récit que ce soit, et nous sert au contraire un mauvais gloubiboulga d’heroïc-fantasy, assaisonné de couleurs kitsch (on se croirait parfois dans un vieux clip disco !) et d’effets spéciaux dignes de Bioman. Affublés de tenues de Mardi-gras aux couleurs pimpantes et de maquillages pailletés ou multicolores, les comédiens semblent davantage sortis d’un nouveau « Rocky Horror Picture Show » que d’une mythologie grecque, même revisitée (dixit Nanarland, que je plussoie).

Un must vous dis-je, dont vous découvrirez le trailer ici ! A découvrir ou à redécouvrir en famille pour une bonne tranche de rire copeauesque !

Narcisso Show


 

9044200Je viens de tomber par hasard (un vrai hasard, pour une fois) sur un site perso centralisant toutes les vidéos de la première saison de Narcisso Show, la fausse émission animée par Jacky Nercessian, Le Narcisso Show était une rubrique de l’émission Venus TV qui passait sur M6 en 1990. Une voix off disait à chaque début :

“Vous lui avez peut être écrit pour qu’il recherche une amie perdue où une passante inconnue ? Va-t-il la retrouver ? Voici, en direct du studio 109, Jean-Patrick Narcisso et son Narcisso Show”

Et c’est comme ça qu’une fille venait effectuer un striptease (parfois intégral) sur le plateau télé de cette pseudo-émission maniant l’humour au deuxième degré, ce qui tout de même est bien rare dans ce genre artistique..

Queensrÿche, Operation:Mindcrime et la Revolution is Calling


 

queensryche1Je vous parle enfin, et comme promis, de Queensrÿche, groupe que – je l’espère ! – nombre d’entre-vous ne connaissent pas, même si je ne doute pas un seul instant qu’il y a parmi les fidèles lecteurs et commentateurs de ce blog des fins connaisseurs du métal, et de la musique en général. J’espère que beaucoup d’entre-vous ne connaissent pas Queensrÿche pour avoir le plaisir et l’honneur de vous faire découvrir ce groupe majeur du métal progressif des années 80 à nos jours.

D’emblée, je place au frontispice de ce billet l’incroyable et inoubliable logo du groupe, l’un des plus réussis que je connaisse. Je devrais même penser à le réutiliser dans un projet quelconque, pour le fun. Aussi inquiétant qu’un logo de black métal, aussi beau qu’un logo commercial, aussi underground qu’un logo de batcave, il incarne à lui seul tout l’esprit si particulier du groupe.

Queensrÿche est américain, vient du nord de la côte ouest, Seattle, zone pourtant plus propice au rap qu’au métal. Je parle tout de suite du tréma sur le y, qui n’existe dans aucune langue connue ; ne cherchez pas sa signification, je crois qu’il n’en a aucune. Chris DeGarmo et Michael Wilton, deux copains d’enfance guitaristes, décident de former un petit groupe à l’orée des eighties. Le duo recrute alors des amis d’école, Geoff Tate, Eddie Jackson et Scott Rockenfield.

Je n’ai jamais vraiment intégré qui est qui dans ce groupe, mais je dois dire que le front line du groupe, c’est-à-dire Chris et Geoff, ont un style et un look de dandys qui n’est pas sans rappeler celui des goths de la grande époque. Bref, après avoir peaufiné leurs chansons pendant près de 2 ans, le nouveau groupe – qui s’appelait encore The Mob – enregistre, produit et met sur le marché une cassette – démo de 4 chansons. La cassette se met à circuler dans le nord-ouest américain ainsi qu’au Canada. C’est ainsi qu’EMI produit leur premier album intitulé sobrement Queensrÿche, nom que le groupe lui-même prend en référence à la chanson phare de sa démo : Queen of the Reich. Cet album atteindra la 81e position du Billboard. Ensuite, le groupe réalise 2 autres albums qui connaîtront plus ou moins de succès: the Warning (en 1984) et Rage for orderThe Warning a été produit par James Guthrie, qui a travaillé pour Pink Floyd et Judas Priest. Il contient, je crois, les premiers éléments progressifs du groupe, qui marqueront son style depuis lors.

Je dois dire que, malgré les recommandations de mes amis lecteurs, BlackJack en particulier, je ne connais aucun de ces albums, et notamment pas RoO, qu’il a pourtant fortement conseillé. Il faudra donc que je me documente.

Je saute quelques années, je reviendrai un peu plus bas sur la période tournant autour de l’année 1988, sans doute le zénith de la carrière de ce groupe.

Empire sort en 1990. C’est un album très populaire qui se distingue sur les palmarès britanniques. La chansonSilent lucidity sera d’ailleurs un énorme tube aux Etats-Unis, ce qui ne laisse pas de me surprendre, tant je trouve cette chanson totalement insignifiante, sur un album certes pas terrible mais qui recèle tout de même en son sein une chanson éponyme que je trouve remarquable, tant pour la musique bien sûr, que pour le texte, qui dénote dans le monde magique des bisounours et du hard rock d’hier comme d’aujourd’hui. Un petit extrait s’impose :

Johnny used to work after school
At the cinema show
Gotta hustle if he wants an education, 
He’s got a long way to go.
Now he’s out on the street all day
Selling crack to the people who pay.
Got an AK-47 for his best friend,
Business the American Way.

 

Ms je dois bien reconnaître que mis à part quelques passages fameux, la power-ballade Anybody Listening ?Par exemple, cet album est un petit bide. Et du reste, la scoumoune poursuivra Queensrÿche puisque les albums suivants, malgré un succès commercial non négligeable (au moins au début, les choses iront rapidement décroissant), feront progressivement fuir les fans de la première heure, ceux qu’un album mythique, un concept-album, a renversé : Operation:Mindcrime.

Ce sera le cas du pourtant pas nul Promised Land, qui devient à sa sortie en 1994 un succès commercial grâce à son immense masse d’admirateurs. Il devient aussi l’album qui atteint les plus hauts niveaux au palmarès pour le groupe, il grimpe jusqu’en 3ème position du Billboard 200. La classe. Il comprend quelques très très bonnes chansons, Promised Land justement, mais encore le morceau triste, intimiste, joué au seul piano Someone Else ?

Ce sera surtout le cas des albums suivants : Hear in the now frontier (1996), Q2K (1999), et enfin Tribe (2003). Chris DeGarmo, pourtant membre fondateur du groupe si vous avez bien suivi, s’est d’ailleurs séparé de ses anciens camarades pour poursuivre une carrière de pilote professionnel, à la François Fillon quoi.

J’en reviens donc à cette fameuse année 1988, celle de Seventh Son of a Seventh Son de Maiden, de …And Justice For All de Metallica, du premier album de Skid Row et de tant d’autres. C’est cette année que sortit un album majeur, encensé par la critique, le public, les fans, Operation:Mindcrime. J’ai dit il y a peu que c’était peut être l’album que j’avais le plus écouté de toute ma vie, et je suis certain de ne pas être le seul. Loin de là.

C’est un concept-album, qui donc raconte une histoire formant un tout cohérent depuis la première note jusqu’à la dernière. On peut sans problème le comparer à The Wall de Pink Floyd ou à Tommy des Who, ce qui n’est pas un mince compliment. Operation:Mindcrime raconte l’histoire d’un junkie (perhaps he needs another shot ! you’re a bastard) qui est manipulé pour commettre des assassinats pour un mouvement underground ; l’accro est déchiré entre sa loyauté pour la cause et son amour pour une ex-prostituée devenue sœur.

Cet album a la particularité incroyable de ne comprendre aucun hit, aucun morceau d’anthologie qui pourrait à lui seul crever le plafond des charts. Pourtant il déchire grave. C’est, comme le dit Jerome Morrow, une énorme claque et ce dès la première écoute ! Queensrÿche a su créer une atmosphère totalement à part, et c’est vrai aussi de leurs clips que je vous invite à regarder, indéfinissable, et tellement attirante. Toutes les chansons de cet album sont des merveilles, sans aucune exception. Au-delà de l’histoire, les textes (que je vous invite à lire) sont bien plus intelligents que ceux de la plupart de leurs concurrents. On y aborde crûment des sujets de société, d’un œil très critique vis-à-vis du modèle américain et du règne de l’argent, qui dénote vraiment par rapport à tout ce à quoi on pourrait légitimement comparer Queensrÿche. C’est vrai aussi des albums suivants, par exemple Empire, qui n’hésite pas à parler d’environnement et de gun control. Je soupçonne d’ailleurs nos amis de Seattle d’être des gauchistes larvés, à la sauce yankee évidemment.

Cet album comprend d’ailleurs, comme tout bon concept-album, des passages parlés, on entend à plusieurs reprises la présence de Suite Sister Mary. Bref, je ne sais que vous dire de plus que de courir vitesse grand V vous procurer ce fabuleux album et venir exposer ici ce que vous en avez pensé. Ecoutez juste Eyes of a Stranger, Revolution Calling, Spreading the Disease ou the Needle Lies, et vous comprendrez.

Pour l’anecdote, le dernier album du groupe à ce jour, qui date de l’an dernier, s’intitule Operation:Mindcrime II, et est une suite de l’illustre album, censée expliquer des points obscurs du premier volet, et répondre à nombre de questions. Autant vous le dire de suite : c’est un album franchement dispensable, en tout point identique au précédent en un sens, mais avec le génie en moins. C’est triste à dire, mais, à la différence de la compétence ou de l’expérience, la créativité artistique qui, à l’instant t peut habiter un individu, peut le quitter l’instant d’après. Elles sont nombreuses les victimes de dame Destinée.