Le temps s’écoulera à l’envers


Henry Hazlitt, Time will Run Back, 1951.

 

time-will-run-backLe Temps s’écoulera à l’envers… Tel est le titre du roman d’Henry Hazlitt, initialement publié en 1951 sous le titre La Grande Idée.  Il brosse un univers dans lequel le capitalisme n’existe pas, et utilise habilement la fiction pour illustrer ses enseignements sur l’économie, ceux qu’il présenta avec génie dans l’Economie en une leçon (1946).

 

Nous sommes en 2100. Ou plus exactement en l’An de Marx 282. 282 ans après la naissance du Père de tous les peuples. Voici une parfaite uchronie, la réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé. Hazlitt dépeint un avenir dans lequel la plupart des pays sont gouvernés par un régime communiste. L’influence soviétique s’est répandu, depuis longtemps déjà, sur le monde entier ou presque. Dans ces pays, toutes les traces et objets du monde capitaliste ancien ont été anéantis. Tous les livres, y compris les plus grands romans classiques, les livres d’histoire, de philosophie, la musique, bref tout ce qui pourrait évoquer le capitalisme, ou simplement se référer à l’époque précommuniste, est tenu secret et enfermé dans des coffres auxquels seuls les membres de la nomenklatura peuvent accéder. Rien du monde précommuniste ne saurait filtrer. Les individus vivent désormais dans un monde parfait, qui s’appelle Wonworld, équivalent du Panem de Hunger Games. Et rien d’autre ne saurait exister. Wonworld, c’est le Commonwealth du communisme ; c’est la fédération mondiale de tous les pays collectivistes. Les membres du parti et les hauts fonctionnaires ont rédigé de toutes pièces de nouveaux livres d’histoire pour les masses, qui réinventent et réinterprètent le passé politique et économique. Du passé, la table a été rasée.
Time Will run back nous peint un monde sans aspérité, mais c’est tout sauf un monde idéal. Hazlitt souligne les insuffisances et les méfaits d’une économie collectiviste, centralisée et planifiée. Celle-ci ne saurait fonctionner autrement que dans un régime totalitaire. Wonworld a ainsi, non seulement cessé de progresser, mais a même en réalité considérablement régressé par rapport à la période antérieure. Ce que les dirigeants de la nomenklatura n’ont, bien sûr, de cesse de masquer. Cette régression est certes économique, mais aussi technologique, morale et sociétale. Il n’est jusqu’à la langue pratiquée qui a fait du passé table rase ; on pratique désormais le marxanto, une langue internationale qui combine l’espéranto et les concepts du matérialisme historique. Cette langue applique à merveille la célèbre sentence de Conficius (« Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté ») ; elle limite le champ des idées que les individus peuvent concevoir et exprimer, et accentue ainsi le contrôle que l’Etat exerce sur eux.

 

Le héros de notre histoire s’appelle Peter Uldanov. Ce n’est pas n’importe qui. Il n’est rien moins que le fils du Grand, de l’Immense, de Notre Maître à tous, Stalénine. Le dictateur vénéré de Wonworld. Suite à une mésentente entre ses parents, jadis, Peter a connu une enfance particulière. Il a été élevé par sa mère dans les Bermudes, territoire autonome, loin des influences de son père, et ne connaît presque rien de Wonworld. Des professeurs choisis par sa mère se sont chargés de son éducation. Il connaît à merveille les sciences, les mathématiques, la musique aussi. Il se passionne pour le piano et le classique. Il est brillant, apte à penser par lui-même et à user de sa raison. Mais n’entend rien à la politique et à l’économie.

La mère de Peter avait en effet, jadis, développé des idées relativement subversives ; elle osait douter de l’idéal communiste. Stalénine ne pouvait l’accepter. Il l’avait donc – c’est bien le moins – exilée dans les Bermudes, avec son fils, et, confiant dans les vertus immenses du collectivisme, il fit le pari de démontrer à sa femme qu’elle avait tort et que rien ne pouvait rivaliser avec le socialisme en action. Malheureusement, celle-ci est décédé depuis.

Après la mort de sa mère, Peter reçoit un beau jour une lettre laconique de son père, le convoquant en Russie, siège de Wonworld. Peter s’y rend, guidé par la curiosité plus que par l’assurance. Il ne connaît pour ainsi dire rien de son père. Il découvre un Stalénine vieux, en mauvaise santé, et qui pense ne plus en avoir pour très longtemps. Stalénine demande à son fils d’étudier, ici, à Moscou, ce qui manque cruellement à son éducation : la politique, l’économie. Et de devenir, une fois cela réalisé, son successeur. Peter est abasourdi ; comment pourrait-il envisager un seul instant cet avenir, alors qu’il ne sait même pas qui est Marx lui-même ?  Il refuse la main tendue par son père, veut faire du piano, pas dictateur !

Stalénine lui répond, calmement, qu’en réalité il n’a pas le choix. Le numéro 2 du parti, Bolshekov, a déjà les dents qui rayent le parquet et n’est pas loin de précipiter Stalénine dans la tombe pour pouvoir plus rapidement lui succéder. Et Bolshekov considère déjà Peter comme une menace potentielle, d’une part parce qu’il est le fils de Stalénine, et d’autre part parce qu’il a grandi loin des Brigades de Jeunesse du communisme mondial. Peter accepte donc d’apprendre, incognito pour mieux assurer sa sécurité, l’idéologie marxiste en actes. Stalénine demande même à Peter de savoir imiter sa signature, au cas où il arriverait malheur à son père.

Puisque Bolshekov complote sans cesse pour prendre le pouvoir, Stalénine lui demande, astucieusement, d’assurer l’enseignement économique et politique de Peter, tout en masquant bien sûr sa véritable identité. C’est une manière pour le dictateur de tenir son rival à distance et d’assurer ainsi sa sécurité.

Sauf que Peter est un être libre, doué de raison, qui pense par lui-même et s’interroge beaucoup, de manière d’ailleurs très candide, sur tout ce qu’il observe. Il pose à tout le monde des question que personne n’ose jamais poser. Ce qui, en temps ordinaire, est puni de la mort. Il ne comprend pas la logique du régime socialiste. Mais il comprend, de manière lumineuse, qu’il y a quelque chose qui cloche. Cette manière de raisonner par lui-même révolte et scandalise le doctrinaire Bolshekov, qui ne jure que par les Ecritures saintes du Capital et des autres œuvres sacrées.

La première chose que Peter découvre, c’est qu’à Wonworld, tout le monde vit dans la peur. Stalénine lui-même vit dans la peur. Tout le monde espionne son voisin. Tout non-repect des règles socialistes est dénoncé. Les individus ne sont rien que des numéros. A qui on affecte un domicile, un travail, un conjoint. Les journées de travail sont longues et épuisantes, les conditions de vie déplorables. Les gens sont entassés dans des dortoirs insalubres. L’intimité n’existe pas. La propagande est partout. Chacun a appris à vivre avec cela, et à gober n’importe quelle balivernes pourvu qu’elle vienne d’un membre du gouvernement. Du reste, si quelqu’un se risque à exprimer publiquement son désaccord, il subira, dans le meilleur des cas, de graves répercussions. La vérité, c’est donc ce que l’Etat décrète comme telle.

Il fait la connaissance de John Maxwell et de sa fille Edith, une belle bibliothécaire. Il ne tarde pas à tomber amoureux de celle-ci.

Peter découvre petit à petit le fonctionnement du régime collectiviste. A la tête de l’Etat, il y a le Politburo. C’est lui qui rédige les plans quinquennaux. Pour assurer leur mise en œuvre, la police procède à d’innombrables contrôles économiques et à une répression méthodique de la population. Peter commence à se poser de sérieuses questions sur le bien-fondé et les conséquences des nationalisations et du collectivisme.

Ensuite, Peter observe que Wonworld est une société extrêmement stratifiée. Chaque caste a son uniforme, à la couleur bien spécifique, qui ne laisse aucune place à l’ambiguïté. Il y a d’abord les Protecteurs. Bénis soient-ils ! Ils ne représentent, certes, qu’un seul pourcent de la population. Mais ce sont les dirigeants de l’Empire, les membres du Parti, ceux qui ont le privilège de consulter les œuvres culturelles, économiques, artistiques, des temps précommunistes. On trouve ensuite les Députés (intellectuels, ingénieurs, dirigeants d’entreprises d’Etat, hauts fonctionnaires), qui représentent environ 10% de la population. Ce sont les membres de la nomenklatura, qui à ce titre reçoivent des privilèges spéciaux, quoique de moindre importance que ceux des Protecteurs. Ensuite, il y a les Suspects sociaux, qui constituent presque 20% de Wonworld. Ils ont commis des crimes contre le socialisme, et/ou sont pour diverses raisons incapables d’être de bons Prolétaires. Enfin, on trouve les Prolétaires justement, qui composent le reste de la population, et qui sont les soi-disant « dirigeants » de Wonworld. Ils ont été, conformément à la doctrine marxiste, émancipés, car ils constituaient les opprimés et les exploités du régime précommuniste.

Après Bolshekov, c’est le numéro 3 du régime, un Américain, Thomas Jefferson Adams, qui poursuit l’éducation de Peter et l’entraine dans les entrailles de l’appareil d’Etat. Malgré ses craintes de départ, Peter et l’Américain s’entendent plutôt bien et se lient d’amitié. A l’instar de Candide face à Pangloss, Peter découvre progressivement, en dialoguant avec Thomas, les rouages de la production marxistes, des incitations, des prix, des profits et des pertes, de la propriété, des marchés, le sens de l’argent.

Un jour où le félon Bolshekov est en déplacement, Peter est fait membre du Parti Communiste, et entre ainsi dans la caste des Protecteurs.

Stalénine fait alors une révélation importante à son fils : il lui apprend qu’il s’est livré à deux enregistrements, nommés « X » et « Y », qui sont placés dans un coffre-fort, et lui donne la combinaison correspondante. « Si jamais j’ai un jour un accident incapacitant, dit Stalénine, je te demande de diffuser à l’ensemble de la population de Wonworld l’enregistrement X ». « Et si jamais je meurs, ajoute-il, diffuse immédiatement sur toutes les ondes l’enregistrement Z ».

Staléline organise alors l’élection de Peter au sein des seins, le Politburo. C’est alors qu’Edith et son père sont enlevés par la police secrète. Peter essaie désespérément de les retrouver, sans succès et perd leur trace.

Soudain, Stalénine est frappé par un AVC débilitant. Peter va donc chercher l’enregistrement « X ». Accompagné de Thomas, il se rend au siège de la radio d’Etat et diffuse le message enregistré sur les ondes. Stalénine y proclame qu’il ne fera plus d’apparition publique, mais qu’il continuera à œuvrer en coulisses pour le bien du Prolétariat et de la nation. Et ajoute que Peter sera désormais son vice-président, chargé des affaires courantes en son absence. Bolshekov est nommé à la tête de l’Armée de Terre et de la Marine, mais, afin d’équilibrer les pouvoirs, Peter prend les commandes de l’Armée de l’Air.

Thomas tente de convaincre Peter de faire tuer Bolshekov, qui représente toujours un grand danger. Peter refuse de se livrer à une telle extrémité. Il refuse de vivre dans une société fondée sur la violence. Bolshekov décide d’organiser un défilé pour exposer toute sa puissance. Et c’est juste avant celui-ci qu’il apprend à la radio, éberlué, et dans la bouche de Stalénine, que Peter est désormais au-dessus de lui. Et qu’il a l’appui « sans réserve » de Bolshekov. Ce n’est rien de dire qu’il est fou de rage.

A tâtons, Peter tente avec son ami de comprendre et aussi de corriger les problèmes du communisme et de mettre en œuvre un certain nombre d’améliorations économiques. Ils apprennent tous deux de leurs erreurs, et tentent de comprendre les raisons des résultats imprévus qu’ils constatent, impuissants. Ils comprennent en particulier les écueils du système de planification centralisée, et que l’économie dirigée ne peut pas résoudre les problèmes de calcul économique. Sans propriété privée, en déduisent-ils, et sans marché libre et liberté de choix des consommateurs, l’impasse est certaine. Aucun être suprême, fût-ce un Dictateur ou le Politburo, ne peut tout gérer de manière efficace. Personne ne peut avoir une connaissance précise et fine de tout ce qui se passe en temps réel et partout dans l’économie. Plus encore, dans une économie dirigée, il est impossible de mesurer le coût réel des choses, tout comme il est impossible de lutter contre le gaspillage des ressources.

Peter en vient à penser qu’il faut mettre fin au régime de terreur qui règne. Qu’une séparation des pouvoirs, ou encore la présomption d’innocence, sont nécessaires. Qu’il faut une rule of law, qui lie par des règles tous les individus, mais aussi l’Etat lui-même. Ils envisagent des élections libres et régulières, et d’ailleurs l’expérimentent dans l’un des postes avancés du socialisme : la France.

Peter et Thomas conviennent que la clé d’une société meilleure est la liberté, y compris la liberté de choix tant pour les travailleurs que pour les consommateurs, la liberté de la presse, et la liberté de critiquer le gouvernement. Peter veut que la liberté individuelle soit respectée, afin que les individus fassent plus preuve d’initiative dans leur travail.  La liberté fait ressortir le meilleur chez les gens.

Les agriculteurs doivent profiter du surplus lié à ce qu’ils produisent ; les rations alimentaires doivent pouvoir être achetées et vendues, bref négociées selon les besoins et désirs de chacun. Peter et Thomas comprennent que l’économie de marché est une association volontaire de propriétaires, dans laquelle les gens sont libres de négocier et d’échanger ce qu’ils souhaitent en fonction de leur avantage réciproque. Le marché est un vecteur efficace et efficient d’information, qui produit donc le meilleur résultat au moindre coût. C’est un processus social qui découle naturellement des échanges volontaires et de la coopération entre les individus.

Sans les prix du marché, la gestion centralisée des moyens de production est irrationnelle et arbitraire. Une économie planifiée ne saurait allouer de manière optimale les ressources. Le socialisme détruit donc les incitations des profits et des pertes, et tous les avantages de la concurrence.

Progressivement, donc, Wonworld bascule vers une économie de marché. Mais Bolshekov le devine aisément et tente de renverser la vapeur. Il fait assassiner Stalénine. Une fois mort, son fils exécute donc les volontés de son père, et diffuse sur les ondes l’enregistrement « Z ». Dans celui-ci, Stalénine proclame que Peter est le nouveau dictateur de Wonworld.

Stupeur chez Bolshekov, qui passe alors à l’action en tente de tuer Peter. Celui-ci est contraint de fuir avec son ami en direction de l’Amérique, dans laquelle il fonde un nouveau régime destiné à mettre en application ses enseignements, et qu’il appelle Freeworld. Peter devient le président de Freeworld et établit la propriété privée des moyens de production, les sociétés par actions, la propriété foncière. Il constate que lorsque les droits de propriété privée sont respectés et protégés, la société progresse indubitablement.

L’or, qui était jusque-là une marchandise parmi d’autres, devient une monnaie car il est stable, non périssable, non inflationniste. Des entrepreneurs apparaissent, qui créent de nouveaux produits et services, de nouvelles méthodes de production, et la concurrence entre eux amène les consommateurs à être toujours mieux servis. Ceux qui réussissent sont ceux qui produisent un bien ou service au moindre coût, ou un meilleur bien ou service ; ceux qui échouent sont ceux qui ne satisfont pas assez lesdits consommateurs. Ceux qui prennent des risques sont donc récompensés, les autres sanctionnés. Nulle injustice là-dedans, bien au contraire. Freeworld prospère rapidement.

Pendant ce temps, la situation ne s’améliore pas côté Wonworld. Bien au contraire. Bolshekov, qui a pris les commandes, annonce que deux traîtres ont été exécutés. Ils auraient, selon lui, commis des actes de sabotage sur la demande expresse de Peter. Ils s’agissait de John Maxwell et de sa fille Edith.

Cinq ans plus tard, Bolshekov décide d’en finir et attaque Freeworld. Peter est blessé au combat ; Thomas prend les commandes des opérations militaires, et gagne bien des batailles. Mais il commet aussi des erreurs. Il demande aux épargnants de ramener toutes leurs pièces d’or, les entrepose contre un reçu, en promettant bien entendu de les rembourser sur simple demande.

Mais il faut bien financer le coût élevé de cette fichue guerre. Thomas émet toujours plus de papier-monnaie gagé sur l’or, même s’il n’y a pas d’or supplémentaire dans les caisses pour compenser de telles émissions. Face à l’inflation qui ne manque pas d’apparaître, Thomas tente de réglementer les prix, ce qui casse le thermomètre mais ne change rien à la température. Le contrôle de prix n’engendre que des pénuires.

Peter comprend alors que l’inflation est une phénomène monétaire, la traduction de l’illusion qui consiste à offrir toujours plus de papier-monnaie qui n’est pas ancré sur une valeur réelle.

Freeworld, malgré ses erreurs, est incomparablement plus puissante que Wonworld et l’emporte dans cette longue guerre. La paix revenue, le capitalisme, qui a supplanté avec une criante évidence le socialisme, se répand dans le monde entier.

Ce roman d’Henri Hazlitt n’est pas sans rappeler diverses dystopies bien connues, en particulier bien sûr 1984 d’Orwell, Anthem d’Ayn Rand, mais plus encore le relativement – et injustement – méconnu Nous autres d’Ievgueni Zamiatine.

Compléments

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Sur le traité modificatif de l’UE


Je voudrais souligner très brièvement les modifications apportées par le nouveau traité sur l’Union Européenne, qui sera signé le 13 décembre prochain, puis (si tout va bien) ratifié par les 27 Etats-membres. Deux points me semblent importants : – la reconnaissance de l’autonomie locale et régionale, par l’article 4 du traité : « L’Union respecte l’égalité des Etats membres devant les traités ainsi que leur identité nationale, inhérente à leurs structures fondamentales politiques et constitutionnelles, y compris en ce qui concerne l’autonomie locale et régionale. » – L’Union ne peut désormais agir là où l’action des autorités locales est plus appropriée, puisque le traité précise que l’Union intervient « seulement si, et dans la mesure où, les objectifs de l’action envisagée ne peuvent pas être atteints de manière suffisante par les Etats membres, tant au niveau central qu’au niveau régional et local. » Les parlements nationaux et le Comité des Régions, dans la limite de leurs compétences matérielles, pourront désormais saisir la Cour de Justice de l’Union européenne s’ils estiment que ces dispositions relatives au principe de subsidiarité n’ont pas été respectées. Ces deux dispositions me semblent constituer d’importantes avancées, qui permettront de lutter contre toute velléité de cannibalisme des institutions européennes à l’encontre d’autres institutions publiques, notamment locales. Une dernière disposition me semble plus dangereuse, celle consacrée aux services d’intérêt économique général (SIEG), qui offre désormais une base législative pour l’adoption d’un texte contraignant sur ces services, qui fixerait les principes et les conditions selon lesquels le bon fonctionnement des SIEG peut être garanti dans le marché intérieur, « sans préjudice de la compétence qu’ont les Etats membres, dans le respect des traités, de fournir, de faire exécuter et de financer ces services. » Un article se réfère ainsi, pour la première fois, aux services d’intérêt général (non économiques, par exemple : éducation, police…) et confirme la compétence des Etats membres dans la fourniture, la mise en service et l’organisation de ces services. S’il s’agit de se limiter aux fonctions régaliennes de l’Etat, je ne vois pas très bien l’intérêt de rappeler ce qui relève d’une évidence à ma connaissance contestée par aucun décisionnaire européen ; s’il s’agit d’aller au-delà, je que je crains, il faudra être très vigilant sur la nature des “textes contraignants” qui seront, demain, proposés par la Commission au vote des parlementaires européens.