El maestro


b000f6iil201ea4Le Monde consacre un article à l’excellent Jess Franco, j’en reproduis une partie ci-dessous.

En faisant découvrir, jusqu’au 31 juillet, les films de l’Espagnol Jess Franco, la Cinémathèque française – et son programmateur, notre collaborateur Jean-François Rauger – illustre sa nouvelle vocation à ne plus être uniquement le temple d’une cinéphilie élitiste, mais à accueillir aussi des auteurs populaires ayant oeuvré dans le cinéma de genre.

Car celui que l’on découvrit en France au défunt Midi-Minuit, salle de quartier des Grands Boulevards parisiens que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, s’est spécialisé dans la série B. Jess Franco est l’orchestrateur malin (mi-bricoleur, mi-satanique) de films aux budgets étriqués dont il offrait plusieurs versions, habillées ou déshabillées, avec ou sans pilosité, différemment synchronisées, dotées ou non de scènes à libido, scénarisées au gré des interdits du pays qui l’exploitait. Il lui arriva d’utiliser des séquences tournées six ans plus tôt pour refaire un film qu’il agrémentait de nouvelles scènes (Exorcismes et messes noires devint Le Sadique de Notre-Dame), ou de sortir sous des titres différents des films dont le canevas était le même, mais dotés de scènes ou de personnages inédits ; ainsi les versions hispaniques, axées sur l’horreur, de Dracula contre Frankenstein et de La Malédiction de Frankenstein devenaient Dracula prisonnier de Frankenstein (1971) et Les Expériences érotiques de Frankenstein en sortant hors de la péninsule Ibérique, dotées d’ingrédients sexuels.

(…)

Franco eut en effet ses préférences. Il idéalisa Soledad Miranda, égérie de l’érotisation fétichiste, de la sublimation hypnotique. Puis, après la mort accidentelle de celle-ci à 26 ans, ce fut au tour de Lina Romay (de son vrai nom Rosa Maria Almirail), vouée à l’exhibitionnisme et aux pulsions incontrôlables, qui, par ailleurs, réalisa elle-même quelques pornos et se rebaptisa Lina Castel, Lulu Laverne, Gina Morgan…

Ces dames réincarnent Fu Manchu, les créatures de Tod Browning ou de Luis Buñuel, La Vénus à la fourrure de Sacher-Masoch (Venus in Furs), le Dorian Gray d’Oscar Wilde (Doriana Gray), l’Alphaville de Jean-Luc Godard (Cartes sur table), posent et s’alanguissent en Comtesse aux seins nus (1984). Jess Franco les épie dans des lieux clos, couvents, asiles ou prisons : il est adepte des WIP Films (Women in prison), comme en témoignent Femmes en cagePénitencier des femmes perversesLes Flagellées de la cellule 69

L’univers kitsch de ce Franco-là a captivé Orson Welles, qui lui confia la direction de la seconde équipe de Falstaff (1965), et Fritz Lang, qui, sortant de Necronomicon (1967), confia que c’était le premier film réellement érotique qu’il voyait.

Nul ne pourra nier la qualité de ce réalisateur, qui fait pâlir les Mario Bava et autres Joe d’Amato. Si vous avez la possibilité de vous rendre à la Cinémathèque, n’hésitez pas.

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